Yves Martin : rêver en cinémascope

Publié

Entretien avec Marc Villard (1995).
Photo couleur : Alain Auboiroux.

Un géant au sourire d’enfant arpente les rues de la ville, étourdi par les néons de la nuit, accro au cinéma X, bouleversé par les jeunes filles fragiles. Yves Martin - depuis trente ans - enchante un cercle de fans à l’aide d’une poésie fruitée, vagabonde, et par la grâce d’une prose qui cerne au plus près les soubresauts d’un cœur en vadrouille, prêt à toutes les aventures, armé pour tous les départs.

On ne connaît rien de votre jeunesse, de votre enfance...

Je suis né à Villeurbanne, dans un gratte-ciel. Le fin du fin, à l’époque. Dans un quartier populaire. Mon père était militaire, il s’occupait d’éducation physique, c’était un ancien enfant de troupe. À ma naissance ma mère ne travaillait pas.

Ensuite, elle a pris un bail de magasin de mode près de la gare, à Lyon. Puis ils sont montés à Paris ouvrir des magasins de mode. Je suis donc né dans les falbalas.
En 40, mes parents m’ont envoyé en bourgogne chez mon grand-père. J’y ai fait tous les travaux des champs. Je garde de cette époque un grand émerveillement que j’ai essayé de traduire dans Le Partisan. Je ne suis pas né dans un milieu modeste.


Je regarde une photo de vous prise en 68 à Saint-Raphaël et j’ai envie de vous demander ce que vous faisiez en 68 ?

Je suis entré, contre mon goût, dans le notariat. En fait, je préférais l’Idhec ou l’école de journalisme mais j’avais fait trois ans de sanatorium et je n’avais pas mon bac. J’ai suivi une école de notariat. Le premier jour, je suis rentré chez moi paniqué par cet univers du notariat puis je m’y suis fait. J’ai été placé dans une étude. Payé, ce qui était miraculeux. Du coup, en 68, je travaillais comme notaire. Ma seconde étude était située place Villiers. Donc en 68, j’étais un clerc de notaire très sage mais j’ai suivi toutes les manifs en spectateur. D’ailleurs, j’ai toujours été un spectateur dans la vie. Je ne croyais pas à l’utopie, je suis un sceptique. Cette photo date d’une époque où j’explorais le midi pour voir les filles en maillot de bain, dans une solitude totale, par ailleurs. C’était pour moi une époque bénie car j’aime beaucoup la mer.

Vous le marcheur, que cherchez-vous dans les rues de Paris ?

Je suis devenu marcheur par obligation parce que j’ai toujours aimé le cinéma et j’allais voir les vieux films dans les salles de quartier que je gagnais à pied. Belleville, place Jourdain, par exemple. Je me suis déplacé avec les films. Je ne suis pas un vrai déambulateur. Dans mon livre homonyme, le marcheur, c’est le type qui se déplace dans les quartiers à péripat’, il y a un côté micheton, là-dedans.

Petite fille, n’embrasse plus la photo du marcheur.
Il ne saurait t’amuser. Il est à peine déconcertant.
Il écrit ce qu’il faudrait toujours écrire.
Il est énorme pour qu’on ne le remarque pas.

Il n’est pas beau comme Modigliani.
Tes dessins, m’a dit ton père, ont quelque ressemblance.
Il a choisi un chemin sec comme un dé.
Bien sûr, il t’offrirait le petit âne.
Mais, comment te prendrait-il à la taille ?

Seule excuse, prend un verre d’eau, il appellerait sans doute
Avant de se rendormir les menottes sur les draps
Comme un mot d’enfant sur une page lumière.
( Le Marcheur, La table ronde)

Vous avez fait comprendre dans vos livres que les fillettes vous chavirent le cœur. Peut-on dire que vous êtes voyeur ?

Je ne sais pas. Je crois que dans la fillette, il y a une fausse innocence. C’est la femme sans les trucs qui la changeront plus tard, les trucs de la société. Il n’y a chez moi aucune pédophilie.

Vous êtes troublé quand même.

Oui mais ce n’est pas du tout sexuel. C’est la grâce, les traits pas marqués par la vie et éventuellement ce qu’ils révèlent déjà qui m’intéressent.

Qu’est-ce qu’elle deviennent plus tard, les filles de treize ans ?

J’en sais rien. Elles rentrent dans un schéma où elles ne seront plus jamais des fillettes. C’est curieux, mais j’en vois beaucoup, il y a une sympathie entre nous. J’ai plus de facilité à sourire à une adolescente qu’à une femme. Il y a une complicité.

Est-ce qu’un poète a des secrets de fabrication ?

Moi, je suis un bricoleur. J’ai sans doute des secrets de fabrication mais en ce moment je feuillette mes vieux textes et ces secrets m’échappent aujourd’hui. Il y a en fait, par époque, divers secrets de fabrication. J’en ai perdu certains. Hier, je regardais des textes de 74 et je ne sais plus comment ils sont conçus. D’ailleurs, je n’ai pratiquement jamais écrit de textes théoriques sur le sujet.

Vous avez dit que Rilke vous avait marqué.

Tous les gens de ma génération ont été marqués par Rilke. J’ai beaucoup lu de poésie contrairement aux poètes de maintenant. Je suis étonné qu’on lise si peu aujourd’hui.

On pourrait penser, au regard de votre œuvre, que vous êtes plus proche d’une poésie du quotidien.

Non, non. Je préfère les symbolistes et les post-parnassiens. Ils m’ont beaucoup appris mais on ne doit rien conserver. Il faut trouver son truc, ça me reste mystérieux. À partir de seize ans, au plateau d’Assy, j’ai découvert la poésie. Pendant dix ans je n’aboutissais à rien puis ma vie et mon langage sont devenus plus denses et j’ai trouvé. Il faut le dire : la poésie est une chose très dure, très exigeante. Les poètes ne le disent pas assez. Pour ma part, curieusement, j’ai été plus influencé par les prosateurs que par les poètes.

Dans cinq ans nous rentrons dans le troisième millénaire. Ça signifie quoi d’écrire de la poésie en l’an 2000 ?

Je crois que l’époque à venir ne sera pas défavorable à la poésie. Il faudra toujours ce champ expérimental, volé par la publicité soit dit en passant. Il faudra que les poètes le veuillent bien car il y a une tendance actuelle qui veut que la poésie devienne de la prose empilée. C’est une erreur car la poésie ne doit pas être systématiquement lisible. Tous les poètes qui durent c’est parce qu’ils n’ont pas de lisibilité parfaite. Rimbaud, par exemple. Actuellement, la poésie est trop parnassienne, dans le mauvais sens du terme.

Pourquoi avez-vous évolué de la poésie vers la prose ?

Quand je mets le nez dans mes papiers je me rends compte que j’ai écrit parallèlement à la poésie des proses non publiées. Ou publiées avec quinze ans de retard. En fait, il n’y a jamais eu de décalage. J’aime autant la prose que la poésie. Peut-être que la prose est plus souple mais elles disent la même chose. Ce qui me gêne dans la lisibilité poétique c’est qu’on perd le mystère, l’incommunicable. Hugo Von Hofmannsthal, Mallarmé, c’est le mystère. On ne souhaite pas qu’une jolie femme se mette nue tout de suite.


Tombé malade, dans la solitude du plateau d’Assy, je dénichai un jouet différent : la poésie, puis plus tard, j’alliai les deux. À ce jour, je n’ai en ma possession que quelques pièces du puzzle. Il me semble parfois que j’ai de moins en moins de pièces de puzzle. Dieu fasse que l’éternité ne soit pas de rester debout devant un écran vide. Ce serait magnifique si, même à intervalles irréguliers, on me projetait, oh ! Je n’en demande pas davantage, un Joseph Pevney ou un Richard Thorpe de derrière les fagots.
(Gris Bonheur, La Bartavelle)

La poésie, une thérapie ou un éblouissement ?

Il serait maladroit de dire qu’il n’y a pas une forme de thérapie. Mes poèmes sont sur ma vie, je reprends des phases de ma vie. Si je n’avais eu ce moyen de me défouler, j’aurais été encore plus malheureux. Mais ça ne doit pas être une séance de psychanalyse. L’éblouissement, oui, bien sûr, mon métier m’a donné les trois quarts de mes thèmes. J’ai beaucoup parlé de la bureaucratie dans mes poèmes. Certains poètes ont l’impression qu’ils descendent de l’Olympe. Moi, pas du tout. Un jour, je parlais avec un ami conducteur de train et m’étonnais qu’il ne parle jamais de son métier. Moi, si j’avais été conducteur de train, j’aurais écrit cent poèmes sur mon travail de conducteur. Je suis terrifié par cette distanciation qu’ont les gens vis-à-vis de leur métier.


Comment êtes-vous venu au cinéma ? Parlez-moi du Nickel Odéon.

En 58, il y a eu en France une floraison de gens qui se sont trouvés devant une situation curieuse. Il existait un tas de films qu’on ne montrait pas. Ils ont donc pris les choses en main. Nous, au Nickel Odéon, on a pris ce nom-là par rapport aux vieux cinés dans lesquels on pouvait rentrer contre un nickel. Il y a eu aussi les Mac Mahoniens et aussi des gens qui se sont occupés des films de l’Est, les Cents Fleurs. Les Mac Mahoniens avaient des idoles, nous on avait le principe de Langlois : un film, il faut le voir. À ce moment-là, on juge s’il est bon ou pas bon. On passait donc des films. Un tas de gens sont venus au Nickel comme Brion ou Tavernier. À la fin, nous n’étions plus que quatre : Martinand, Tavernier, Maginot et moi. On montrait les films sans a priori. Alfred Eibel et Pascal Thomas sont des ex-Mac Mahoniens et nous sommes restés amis avec eux.

L’un de vos poèmes est dédié à Puppi Avati

Oui, parce que le poème est la reconstruction de son film. L’histoire d’un éducateur. C’est une démarche que j’ai faite très souvent. J’ai fait La Guerre des Étoiles, comme ça. J’ai dédié mon poème à Avati parce que j’étais très proche du film. Beaucoup de mes poèmes sont inspirés par le cinéma. Je n’ai pas grand chose, par contre, à dire sur Paris. Sur la rue Marcadet, oui, mais pas sur Paris.

Vous connaissez tous les cinémas pornos de Paris. Quel intérêt pour un cinéphile ?

Oui, tous. Le cinéma érotique c’est un genre comme le western, le polar. C’est un genre noble, d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi on se croirait au-dessus de tout ça. On ne peut pas l’occulter.

Oui, mais vous êtes assidu, quand même ?

A une époque, j’en voyais très régulièrement. Les titres ne me viennent pas comme ça, d’ailleurs, ils sont d’un goût discutable. J’ai écrit un livre sur les salles pornos. Sur ce qui s’y passe. Le livre s’intitule Les Rois Ambulants. Je l’ai écrit pour Le Dilettante qui s’attendait à un porno à la paresseuse. Ils n’ont pas aimé. J’ai exploré ces salles où on atteint le fond d’une sexualité solitaire. On ne peut pas s’imaginer les choses que j’ai pu voir. C’est l’enfer. Par exemple, au Scala, quand vous entrez, c’est Metropolis. Le livre ressemble à son sujet. C’est aquatique, on se croirait dans un aquarium. J’ai eu l’impression d’être dans les grands fonds face à des mérous, des bénitiers. Pour moi, c’est du même ordre. Ce n’est plus du reportage, c’est le monde de la dislocation. Je parle de moi-même à travers ça, j’étais très malade à l’époque. Quand je rentrais de ces explorations, je me couchais sur mon lit, complètement mort. J’étais revenu de l’enfer. Zulma doit publier ce livre.

Certains noms de réalisateurs X vous viennent à l’esprit ?

J’aime bien Francis Leroi, nous sommes d’ailleurs amis. Il a introduit le style Nouvelle Vague dans le porno. Ses héroïnes ont quelque chose à voir avec Jean Seberg. Bénazéraf avait aussi des filles formidables, c’était le roi du film de strip-tease. La plupart des réalisateurs font aujourd’hui de la vidéo. Cela dit, dans un autre genre, Luc Moullet fait des films formidables en vidéo.

Comment avez-vous connu Rivette ?

Au cinéma. Je suis un peu le Rivette de la prose. Pour écrire une nouvelle, il me faut soixante pages. Lui, ses films font des heures. En fait, avec Rivette, nous sommes parfois les deux seuls spectateurs dans certaines salles. Ça rapproche. Pendant les grèves de décembre nous nous sommes encore retrouvés tous les deux dans une salle du quartier Latin. Pour voir un film malais, je crois. Il est très difficile d’approche, Rivette, très timide.

Quand vous alliez chercher les prostituées, c’était pour vous perdre ou vous retrouver ?

Plutôt pour m’y trouver. Il y a plus de franchise dans ce monde que dans bien d’autres. On apporte ce qu’on a. Si vous êtes quelqu’un qui cherche au-delà des apparences vous serez celui-ci. J’ai toujours abordé les professionnelles comme j’aborde les petites filles. Je ne fais pas de différence. Je ne suis pas terrifié par leur activité. J’ai parlé avec certaines d’entre elles. J’ai tendance à m’attacher. L’une d’elle - je l’appelais « ma blonde » - me racontait des tas d’histoires très poétiques. Je suis plus « pigallien » que « rue St Denis ». Vers 82, j’ai cessé complètement de fréquenter les bars et les péripatéticiennes. Ce que j’aimais, c’était bien connaître les filles. Je m’attachais souvent.

Pensez-vous, comme Bécaud, que « la solitude, ça n’existe pas » ?

Si, elle existe, mais elle est nécessaire. Ce n’est pas forcément une souffrance. Elle permet d’être vous-même. Vous ne pouvez pas toujours vivre avec les autres. C’est là que se crée le poème, par ailleurs. La solitude est nécessaire sinon nous serions détruits par les autres. C’est un rempart géant. On a une vision trop restrictive de la solitude. C’est du rapport avec les autres dont on souffre.

Il n’ira pas au cinéma. Il ne fera pas non plus de sautes dans un quartier au long cours où, pour les filles, tous les passants sont des marins en goguette, faciles à calmer comme des enfants. C’est un des cinq, six soirs annuels où il va parler littérature avec des amis, chercher un public, essayer de sortir de sa gangue, exécuter quelques pirouettes. Il arrive par le métro. En avance. Il attend l’heure du rendez-vous dans un bistrot de ce quinzième arrondissement qu’il connaît mal, qu’il ne découvre qu’à ces occasions-là. De beaux immeubles ont remplacé les cageots à Arabes. L’anis a succombé devant le beaujolais. Le thé à la menthe ne soulève plus guère de palmes. Les chiens ne passent pas comme autrefois en petite vitesse sauf les corniauds qui s’obstinent à rêver.
(Gris Bonheur, La Bartavelle)

J’aime Ostende et vous êtes un adepte d’Anvers. Voulez-vous en parler ?

Je suis mi-belge. J’ai beaucoup fréquenté Bruxelles et j’allais aussi à Anvers étant jeune. Plus tard, avec les cinéphiles, j’ai vu beaucoup de films américains, qui ne passaient pas en France, à Anvers. Des cinémas de marins avec des bancs, c’était extraordinaire. Tout cela n’existe plus, évidemment. Puis on m’a fait une commande pour écrire un livre sur la ville. Cela étant, j’aime aussi Ostende, Knokke, Blankenberg. Tous ces paysages me sont familiers. Hubert Juin devait traiter Bruxelles mais il est mort avant de faire le livre. Ce qui m’intéresse à Anvers c’est le parcours en tram, les vieux cinémas, pas le port. Ce sont d’immenses docks interminables. Ou alors, pour que ce soit intéressant, il faudrait écrire poutrelle après poutrelle. J’ai vu Anvers, la dernière fois, en plein hiver, sous la neige. Tout était fermé, je faisais ça à pied en février. Je n’ai pas rencontré un touriste ; ça tombe bien, je ne peux pas les voir. Anvers pendant le dégel, c’est hallucinant.

Où sont passés vos chats ?

Je me suis retrouvé un jour avec 29 chats. Les voisins se plaignaient. On m’a envoyé l’Hygiène. J’ai échappé aux hélicos et au GIGN. On tirait à la carabine à plomb sur les chats. Puis j’ai dû être opéré deux fois de suite et je les ai laissé à la garde d’un ami. On a dit que je les avais abandonnés et les voisins en ont profité pour les faire prendre par la SPA. La plupart sont tombés malades à Gennevilliers. On me les a trucidés. Il y a deux ans, j’ai été convoqué par le service psychiatrique de la préfecture. Ils voulaient me faire passer pour fou alors que je n’avais plus aucun chat. J’ai dit au type : « Monsieur, j’ai une leucémie, alors je crois qu’on peut me ficher la paix ! ». Certains chats ont été tués à l’acide. Alfred Eibel a été acidifié.

Pardon ?

Oui, j’avais donné à mes chats le nom de mes copains ; Chambelland, Eibel, Tavernier etc...

Vous venez de terminer un texte sur les chats.

Oui, sur tous les chats du Trocadéro, sur l’Aquarium. Evidemment, je parle de Charlie, le chat de la cinémathèque. Il est formidable, il se pose exactement à la place où se tenait Langlois pour visionner les films et il reste pendant des séances entières.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Le Partisan et Le Marcheur ?

Le Partisan, c’est une œuvre de jeunesse. Pour la première fois, je trouvais un ton à moi. Mais aujourd’hui, il y a des choses que je ne passerais plus dans ce recueil. Tout m’émerveillait à l’époque. C’est l’œuvre d’un garçon de vingt cinq ans que tout émerveille. Quant au Marcheur, il n’a pas bougé, il est comme ça, c’est complètement moi. Je ne pourrais pas le refaire, j’ai d’autres préoccupations. J’étais imbibé, à l’époque, j’allais dans les bars, je courais après les filles, je les regardais, je discutais avec les amiraux, j’étais imbibé par le quartier, la rue Ordener. Je ne pourrais jamais refaire aucun de mes livres. Une fois que c’est fait, c’est fini. En ce moment, je n’écris plus de poèmes ; j’écris de la prose débridée. Je reviendrai à la poésie mais il y a là-dedans un côté métastases qui finit par vous tuer.

Tu ne regardes plus avec plaisir que les enfants, les prostituées.

Toutes les photos de ta chambre te crachent à la gueule.

(Je fais bouillir mon vin, Le Pont de L’épée)

Additif.
Il s’agit d’une interview de Léo Malet réalisée par Yves Martin. Elle s’est faite sous l’égide d’Alfred Eibel qui édita en son temps un livre de chacun des écrivains.

Yves Martin. : J’ai fait une série de questions auxquelles vous répondrez si vous voulez ou vous ne répondrez pas si vous ne voulez pas.
Léo Malet. : Ce n’est pas que je ne veuille pas... j’essaierai de répondre... Jusqu’à présent, je n’ai jamais répondu qu’en ce qui concerne mes romans policiers... je ne crois pas avoir grand-chose à dire sur la poésie.
Y. M. : Répondre dans la mesure du possible. J’ai essayé de parler quand même de Nestor Burma, bien sûr, puisque c’est une interview... le gars qui va lire les poèmes, il faut quand même qu’il voie un peu l’ensemble...
L. M. : Il faut parler de Nestor Burma dans la mesure où Nestor Burma a pris ma succession, si l’on peut dire... Parce que, j’ai réfléchi un petit peu à ce que je pourrais dire et... je dois dire que c’est une torture, parce que je ne sais vraiment pas quoi dire sur la poésie... D’ailleurs, maintenant, ma « veine poétique » est tarie... ou, peut-être, elle a glissé du plan poétique formel... les vers... les lignes typographiques qui ne vont pas jusqu’au bout de la ligne... elle est peut-être passée dans Nestor Burma, qui se conduit peut-être poétiquement dans des paysages poétiques. La poésie sous une autre forme. C’est ce que je vois.
Y. M. : Comment avez-vous rencontré le Surréalisme ?
L. M. : D’une manière curieuse. J’étais manoeuvre dans une entreprise de plomberie... C’est comme ça ¬ j’en ai parlé dans d’autres interviews ¬ que j’ai participé à l’installation du chauffage central, rue de Hanovre, dans le luxueux bordel concurrent du Chabanais... Un jour, j’étais allé livrer un bidet, rue de Clichy... j’y tiens, c’était un bidet... je suis passé devant la librairie de José Corti, qui était, à ce moment là, rue de Clichy, dans le bas, et j’ai jeté un coup d’oeil sur la vitrine et alors là, j’ai vu La Révolution surréaliste, des bouquins, etc, aux couvertures curieuses. Et, à partir de là, j’ai essayé de me renseigner. Je me suis procuré le manifeste du surréalisme, on venait de publier une réédition. Le Second manifeste, aussi. J’ai dû également me procurer Maldoror... parce que j’achetais Les Nouvelles Littéraires... ce qui a fait beaucoup rire André Breton, plus tard, quand il a appris que j’étais un lecteur de ce canard qu’il ne prisait pas du tout... On devait parler de Maldoror dans Les Nouvelles Littéraires. Et ma femme et moi, avions vu, au Studio 28, le Chien andalou, le film de Bunuel et Dali... Tout ça s’est passé, en somme, dans un laps de temps assez court... Je voudrais ajouter quelque chose, tout de suite... André Breton... Le rire d’André Breton... Tout le monde parle du pape... le pape... un bonhomme de marbre... Moi, je l’ai vu rigoler comme un bossu, rue Fontaine, en écoutant des disques d’Offenbach... André Breton ne se prenait pas toujours pour André Breton... et s’il avait des défauts, il n’avait pas QUE des défauts. Bon, alors moi, je lis les Manifestes, et l’écriture automatique, c’était tentant... j’écrivais des poèmes, avant , bien sûr...
Y. M. : Des poèmes de quelle inspiration ?
L. M. : Paul-Jean Toulet, Carco, Salmon, peut-être... avec rimes, n’est-ce pas ? Toujours un peu dans la lignée, du point de vue métrique... octosyllabique... dans la lignée des ballades de Villon... J’en avais écrit des quantités, des choses de ce genre. Mais tout ça n’allait pas très loin. Alors, quand j’ai eu connaissance du Surréalisme, c’était extrêmement tentant de voir que l’on pouvait devenir un génie en laissant simplement courir la plume sur le papier, et alors je me suis essayé au texte automatique. Etait-ce bon, était-ce mauvais ? vraiment, je n’en sais rien, mais enfin quand j’ai lu le Second manifeste ¬ et il y avait des côtés politiques qui m’intéressaient ¬ alors, tout ça ensemble, ça a fait que j’ai écrit à Breton... Genre bouteille à la mer, parce que, vraiment, je me disais : un type comme ça, surtout qu’on m’avait dit que les surréalistes étaient des personnages fort peu accueillants, assez distants... très riches... Moi, j’ai connu André Breton très pauvre, à certains moments... Enfin, j’ai tenté le coup. Je lui ai écrit, ma lettre lui a plu, ce que je lui ai envoyé lui a plu... il m’a demandé d’aller le voir au Café Cyrano, le fameux Cyrano de la place Blanche, dont tout le monde parle, aujourd’hui, surtout ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Et voilà... J’ai fait la connaissance de Breton... C’était le 12 mai 1931... A partir de ce moment là, eh bien, j’ai continué à écrire des poèmes, pas tellement, d’ailleurs, parce que, vous voyez, ce recueil de poèmes, on peut dire que ce sont mes « oeuvres poétiques complètes ». Ce n’est pas très gros, comme bagage poétique. C’est pour ça que je dis qu’il a dû se produire comme un glissement... et cette poésie dont j’étais possédé est peut-être passée dans mes romans. Aux dire de certains, pas mes dires à moi, moi je ne vous répète que ce que certains critiques ont dit, puisqu’ils ont trouvé un accent poétique à mes bouquins...
Y. M. : Oui, oui... c’est indéniable.
L. M. : Bon, alors je ne vais pas le nier quant à moi... je suis tout à fait d’accord... (rires).
Y. M. : On va revenir en arrière, si vous voulez. Avant la rencontre avec André Breton, vous êtes donc monté à Paris, venant de Montpellier, et vous aviez, je crois, seize ans.
L. M. : Oui.
Y. M. : Vous avez débuté à la « Vache Enragée », à Montmartre.
L. M. : Comme chansonnier. J’étais monté à Paris pour être chansonnier montmartrois. J’ai débarqué chez André Colomer, que j’avais connu à Montpellier... une tournée de conférences anarchistes... J’étais un « vieux » lecteur du Libertaire. Colo en était le « rédacteur en chef ». Mais l’affaire Philippe Daudet a conduit Colo à se séparer du Libertaire. Il a fondé L’Insurgé. J’avais suivi Colo dans sa scission. Je débarque chez lui, et Madeleine Colomer. C’était le 1er décembre 1925. Quelques jours passent et Colo me dit : va voir Vincent Hyspa, il t’introduira à Montmartre. Il me donne un mot pour Hyspa, chansonnier aux « Noctambules ». Hyspa était de Toulouse ou de Carcassone. Moi de Montpellier. Hyspa était, de loin, un des plus marrants chansonniers du temps. Il prétendait être Belge... A cause de son accent ! Je vais le voir et il me donne un mot pour Maurice Hallé, poète beauceron, maire de la Commune Libre de Montmartre et directeur du cabaret de « La Vache Enragée », place Constantin-Pecqueur. « La Vache Enragée »... tout le monde y a débuté... Souplex, pour ne parler que de lui... moi, j’ai débuté à la « Vache » le 25 décembre 1925... Deux ou trois petites chansons de mon cru... pas fameuses... Enfin, pendant plusieurs mois, j’ai été chansonnier, et puis, après, j’ai laissé tomber, j’ai fait toutes sortes de choses... là, maintenant, les souvenirs sont assez confus... 1926... En 1928, j’ai fondé avec Lucien Lagarde, un chansonnier qu’on connaît peu, maintenant, mais qui a écrit beaucoup de chansons populaires... j’ai fondé un cabaret au Quartier Latin... cabaret montmartrois... vous allez vous marrer : « Cabaret Montmartrois » au Quartier Latin !
Y. M. : Et ça s’appelait comment ?
L. M. : « Le Poète pendu ». Et j’avais trouvé le slogan : « Tire la langue aux imbéciles ». Alors, c’est peut-être ça qui a fait fuir les clients, en tout cas, ça les a empêchés de venir. Qu’est-ce que c’est que ce type là, qui tire la langue aux imbéciles ? On ne va pas aller faire le couillon dans cet endroit-là. Alors, ça a marché le temps de quelques mois. Et tout ça, c’était avant les poèmes.
Y. M. : Vous avez quand même eu une activité poétique intermittente...
L. M. : Oui... parce que... je m’intéressais toujours quand même à la poésie... bon, ce que je faisais était mauvais, comme chansonnier. C’était mauvais comme tout. Mais il y avait quand même ce désir... j’étais un artiste, en somme... j’avais toujours eu ce côté artiste... à quoi, d’ailleurs, rien ne me destinait, parce que ma famille était vraiment... c’était pas des intellectuels, absolument pas.
Y. M. : Ah, vous savez, ça... Hohohoho...
L. M. : Ah ! il y a quand même une filiation...
Y. M. : Oui, parfois, pas toujours.
L. M. : Enfin, chez moi, vraiment rien. Mon grand-père était tonnelier, ma grand-mère ne savait ni lire ni écrire, ma mère était couturière, mon père employé de magasin, mon oncle était tonnelier. Il faut dire... si ! je pense que du côté de mon père, il y avait un personnage qu’on appelait l’oncle Diamant, que je n’ai pas connu parce qu’il était mort bien avant que je naisse, je crois, et c’était un type qui, le soir... oui, c’était un personnage assez original, il s’amusait à rôder autour du cimetière de Saint-Bauzille-de-Putois avec un drap de lit sur les épaules... alors, c’est peut-être de là... que ça vient, ma vocation poétique...
Y. M. : Oui, parce que ça, c’est vraiment... presque surréaliste, avant la lettre...
L. M. : Et puis, le côté fantastique que j’aime bien, tout ça, oui... oui, c’est peut-être de là que ça vient. Autrement, il n’y avait rien qui me destinait...
Y. M. : spécialement...
L. M. : Non. Je dois dire que ces derniers temps... bon, maintenant je n’ai plus de famille... mais les derniers débris de ma famille... j’ai toujours été persuadé qu’ils ont été très surpris de me voir écrire des livres, mais ils m’ont toujours considéré... c’est peut-être un con, ce que je dis là... mais je ne crois pas... avec une espèce de terreur... vraiment !... comment peut-on écrire des livres !... mon grand-père maternel... celui qui m’a élevé... j’ai été orphelin à quatre ans... de père et de mere... il aurait apprécié, mais quand j’ai eu mon nom sur une couverture de bouquin, il était mort depuis longtemps...
Y. M. : Pour en revenir à la poésie... au surréalisme... Peut-on vous demander pourquoi la période de vos poèmes... pourquoi ça s’est arrêté en 1945. Qu’est-ce qui s’est passé ?
L. M. : Quand j’ai commencé à écrire mes romans, j’ai encore écrit quelques poèmes et petit à petit il y a eu une stérilisation du côté de la poésie. J’étais incapable... d’écrire un poème. Les images ne sont pas venues et si des images sont venues, je les ai utilisées quand j’écrivais de la prose. C’est là que, je vous dis... un glissement d’un niveau à un autre, d’un plan à un autre...
Y. M. : Si j’avais à définir votre poésie, je choisirais volontiers cette phrase dans sa brièveté... étonnante dans sa brièveté : « L’amour sous peine de vie »... C’est un programme particulièrement surréaliste. Léo Malet, pour vous, qu’est-ce que la poésie ?
L. M. : Voilà, justement, voilà le hic. Quelle heure est-il ? Mais je ne sais pas, moi, ce qu’est la poésie. Mais qui peut me dire ?
Y. M. : Mais justement...
L. M. : Et qui peut me répondre ? Moi, j’ai l’impression... qui peut répondre à cette question ? Des gens qui font le métier d’expliquer. Moi, je n’explique rien... A huit ans, j’ai commencé à écrire des livres et à écrire des poèmes, et... je ne sais pas, c’était purement instinctif... je suis un homme d’instinct. Mes romans, je les ai écrits instinctivement, les poèmes, je les ai écrits d’insticnt... « L’amour sous peine de vie »... c’est peut-être une espèce de pirouette, c’est peut-être un calembour... un jeu de mots... Dans Hurle à la vie, il était question de cimétière... « Mes blocs d’almanach, mon beau calendrier de plomb de granit et de marbre »... Mes blocs d’almanach, pour moi, ça représentait un cimetière parce que les pierres tombales sont comme ça et les blocs d’almanach, vous savez, les éphémérides, ça représente une pierre tombale. Vous voyez l’image. C’est purement... ça vient comme ça...Qu’est-ce que la poésie ? Des académiciens vous diraient : « C’est ce qui aide à supporter la vie... C’est ce qui sublime »... C’est du poil de cul pour coupeur de poils en quatre, peut-être. Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que c’est, la poésie.
Y. M. : Il y a une autre phrase qui m’a beaucoup frappé, c’est : « N’oublie pas que mon nom commence par le maître-mot, la lettre mot : M. »
L. M. : Alors ça, ça m’est venu un jour que je me suis aperçu que mon nom, Malet, commençait par un M. J’ai dit : M, (Aime), c’est le maître-mot, c’est la lettre... la lettre-mot... Alors, ça, est-ce surréaliste, ne l’est-ce pas ? Je ne sais pas. Est-ce surréaliste, par exemple, les calembours de Marcel Du-champ ? « Rose Sélavy... Rose, c’est la vie... Rose Sélavy et moi, nous esquivons les ecchymoses des esquimaux aux mots exquis »... C’est le problème du langage, aussi, peut-être. Le problème du langage se pose avec cette histoire de maître-mots et de lettres-mots. Mais c’est purement instinctif, c’est purement brutal, c’est purement animal.
Y. M. : Et le titre : Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe ?
L. M. : Eh bien, celui là, il dit bien ce qu’il veut dire. C’est une transposition du nez en question... c’est un titre très transparent. C’est comme Hurle à la vie, d’ailleurs.
Y. M. : C’est des manifestes, ça, d’ailleurs...
L. M. : En somme, j’ai l’impression que j’essaie de concilier les contraires... On hurle à la mort, bon, je hurle à la vie...
Y. M. : Dans ce poème, justement, Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, il y a, à mon avis, deux caractéristiques... qu’on trouve dans le surréalisme. Il y a l’humour... je peux en citer, si vous voulez, disons deux vers : « Voyez / poliment mon sexe tel un chapeau se soulève / devant vous »... Ca, c’est l’humour, c’est le côté surréaliste. Mais il y a également l’érotisme... dans cet érotisme il y a des chose que j’ai relevées dans ce poème que je trouve personnellement très belles, je vais vous dire lesquelles : « Ta nuque nocturne fait de chacun de nous un brouillard (...) Une belle poitrine attire / une belle poitrine retient / que de tendres soins elle réclame / de ma main brillante qui ne pique pas »... Il y a l’humour, à la fois, et l’érotisme... J’ai relevé également dans ce poème : « Vos jambes souples et soyeuses / croisées à des hauteurs mortelles tes bottes de velours / ah / le poète à ce moment pousse un cri »...
L. M. : C’est là qu’il est atteint à la ligne de flottaison...
Y. M. : Oui. J’ai noté également : « Debout les jambes légèrement écartées / debout les mains aux hanches / accroupie / couchée sur le dos les jambes tendues et écartées / étendue sur le ventre / étendue sur le dos / les bras en arrière / les cuisses sur le bassin... »... C’est vraiment les deux caractéristiques...
L. M. : Oui, ça, c’est l’utilisation d’un texte qui n’est pas de moi. Comme quand on sort des phrases d’un chapeau. C’est un texte de gymnastique... on pourrait dire de gymnastique de beauté, mettons. Voyez, on fait des mouvements pour faire tomber le ventre... J’ai découpé là-dedans des phrases de façon qu’elles donnent une image qui n’est plus du tout celle de la gymnastique suédoise ou de beauté.
Y. M. : Oui, c’est la technique du collage.
L. M. : Voilà !
Y. M. : Du détournement...
L. M. : C’est le détournement de l’objet, le détournement de la phrase...
Y. M. : Comme on fait des affiches...
L. M. : Oui. C’est presque... on peut dire que le surréalisme, après tout, a une grande tendance au détournement de l’objet, à la substitution...
Y. M. : C’est une subversion du langage au deuxième degré.
L. M. : Oui, subversion, voilà.
Y. M. : Il y a une phrase, dans le même poème, qui m’a frappé. C’est : « Il s’agit d’un suicide mutuellement accepté ».
L. M. : Oui. Alors, là ... Le poème est une chose bizarre qu’il ne faut pas déflorer, parce que j’ai l’impression que chacun, chaque lecteur y voit son univers. Alors des fois on dit : le poête a voulu dire ça, le lecteur qui, lui, y a vu autre chose, est peut-être déçu. Mais là, il faut que je m’explique sur ce machin là. Ce suicide... Dans mon esprit, c’était ... C’est l’accouplement. C’est l’accouplement où, après l’orgasme, les deux être tombent morts, pour ainsi dire. Alors, c’est un suicide, c’est à dire : « Tuons-nous dans l’acte sexuel », mais... j’ai l’impression... je n’ai pas su exprimer ce que je voulais dire. parce que... vous l’avez pris comment, tout ça ? Ça vous a plu ou ça vous a paru, au contraire extrêmement... plutôt bizarre... plutôt con ?
Y. M. : Ça m’a paru... disons... extrêment tragique... enfin, désespéré.
L. M. : Oui, oui, ça l’est, mais c’est tragique, d’ailleurs, c’est tragique.
Y. M. : C’est la dernière phrase, si mes souvenirs...
L. M. : Oui, c’est la dernière phrase, je ne veux « pas voir plus loin que le bout de mon sexe », titre qu’il ne faut pas oublier. C’est l’accouplement, c’est l’aboutissement de l’accouplement.
Y. M. : (...) Vous dites : « La poésie, on ne sait pas ce que c’est » , mais quand même...
L. M. : Attention ! Moi, je ne sais pas ce que c’est. Il y a des gens qui vous feront des livres de 300 pages là-dessus, pour vous expliquer...
Y. M. : En 1943, Le frère de Lacenaire est votre texte-clé, à mon avis, votre chef d’oeuvre surréaliste, proprement dit, il soutient la comparaison avec les grands textes d’André Breton. Dédié à Maurice Heine...
L. M. : Le frère de Lacenaire c’est, si l’on veut, Eugen Weidmann, l’assassin. Je devais, avec Maurice Heine et Henri Pastoureau, aussi, je crois, écrire une brochure sur Weidmann. Ca ne s’est pas fait. Il y a eu la guerre. Maurice Heine est mort, un peu avant l’occupation. Je l’ai dédié à sa mémoire et en souvenir du texte sur Lautréamont, dans Minotaure, qu’il m’avait dédié.
Y. M. : La réédition de vos poèmes fera découvrir, du moins je l’espère, des feuillets confidentiels, mais aussi plusieurs inédits... par exemple, un texte qui date de 1944, et qui est une des condamnations les plus violentes et les plus féroces, et à mon avis des plus justes, de la guerre et de la bonne conscience...
L. M. : Ça, ce n’est pas un poème surréaliste.
Y. M. : Cette réédition permettra peut-être de vous mettre à votre vraie place qu’ont parfois oublié les historiens du surréalisme et surtout, à mon avis, les post-surréalistes qui paraissent plus soucieux d’être un peu à la remorque d’un Breton que de mettre les choses et les gens à leur vraie place. Vos poèmes, ils existent... Ils existaient, à l’époque... et pourtant, vous ne figurez dans aucune anthologie. Du moins, à ma connaissance.
L. M. : Je m’en accommode fort bien. Mais je crois que Henri Pastoureau et Marcel Jean, chacun de leur côté, ont établi aussi une Anthologie. J’y figure, paraît-il. C’est peut-être aussi bien d’être négligé par les autres.

Yves Martin est décédé en septembre 1999.

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