Yves Martin : rêver en cinémascope

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Entretien avec Marc Villard (1995).
Photo couleur : Alain Auboiroux.

Un géant au sourire d’enfant arpente les rues de la ville, étourdi par les néons de la nuit, accro au cinéma X, bouleversé par les jeunes filles fragiles. Yves Martin - depuis trente ans - enchante un cercle de fans à l’aide d’une poésie fruitée, vagabonde, et par la grâce d’une prose qui cerne au plus près les soubresauts d’un cœur en vadrouille, prêt à toutes les aventures, armé pour tous les départs.

On ne connaît rien de votre jeunesse, de votre enfance...

Je suis né à Villeurbanne, dans un gratte-ciel. Le fin du fin, à l’époque. Dans un quartier populaire. Mon père était militaire, il s’occupait d’éducation physique, c’était un ancien enfant de troupe. À ma naissance ma mère ne travaillait pas.

Ensuite, elle a pris un bail de magasin de mode près de la gare, à Lyon. Puis ils sont montés à Paris ouvrir des magasins de mode. Je suis donc né dans les falbalas.
En 40, mes parents m’ont envoyé en bourgogne chez mon grand-père. J’y ai fait tous les travaux des champs. Je garde de cette époque un grand émerveillement que j’ai essayé de traduire dans Le Partisan. Je ne suis pas né dans un milieu modeste.


Je regarde une photo de vous prise en 68 à Saint-Raphaël et j’ai envie de vous demander ce que vous faisiez en 68 ?

Je suis entré, contre mon goût, dans le notariat. En fait, je préférais l’Idhec ou l’école de journalisme mais j’avais fait trois ans de sanatorium et je n’avais pas mon bac. J’ai suivi une école de notariat. Le premier jour, je suis rentré chez moi paniqué par cet univers du notariat puis je m’y suis fait. J’ai été placé dans une étude. Payé, ce qui était miraculeux. Du coup, en 68, je travaillais comme notaire. Ma seconde étude était située place Villiers. Donc en 68, j’étais un clerc de notaire très sage mais j’ai suivi toutes les manifs en spectateur. D’ailleurs, j’ai toujours été un spectateur dans la vie. Je ne croyais pas à l’utopie, je suis un sceptique. Cette photo date d’une époque où j’explorais le midi pour voir les filles en maillot de bain, dans une solitude totale, par ailleurs. C’était pour moi une époque bénie car j’aime beaucoup la mer.

Vous le marcheur, que cherchez-vous dans les rues de Paris ?

Je suis devenu marcheur par obligation parce que j’ai toujours aimé le cinéma et j’allais voir les vieux films dans les salles de quartier que je gagnais à pied. Belleville, place Jourdain, par exemple. Je me suis déplacé avec les films. Je ne suis pas un vrai déambulateur. Dans mon livre homonyme, le marcheur, c’est le type qui se déplace dans les quartiers à péripat’, il y a un côté micheton, là-dedans.

Petite fille, n’embrasse plus la photo du marcheur.
Il ne saurait t’amuser. Il est à peine déconcertant.
Il écrit ce qu’il faudrait toujours écrire.
Il est énorme pour qu’on ne le remarque pas.

Il n’est pas beau comme Modigliani.
Tes dessins, m’a dit ton père, ont quelque ressemblance.
Il a choisi un chemin sec comme un dé.
Bien sûr, il t’offrirait le petit âne.
Mais, comment te prendrait-il à la taille ?

Seule excuse, prend un verre d’eau, il appellerait sans doute
Avant de se rendormir les menottes sur les draps
Comme un mot d’enfant sur une page lumière.
( Le Marcheur, La table ronde)

Vous avez fait comprendre dans vos livres que les fillettes vous chavirent le cœur. Peut-on dire que vous êtes voyeur ?

Je ne sais pas. Je crois que dans la fillette, il y a une fausse innocence. C’est la femme sans les trucs qui la changeront plus tard, les trucs de la société. Il n’y a chez moi aucune pédophilie.

Vous êtes troublé quand même.

Oui mais ce n’est pas du tout sexuel. C’est la grâce, les traits pas marqués par la vie et éventuellement ce qu’ils révèlent déjà qui m’intéressent.

Qu’est-ce qu’elle deviennent plus tard, les filles de treize ans ?

J’en sais rien. Elles rentrent dans un schéma où elles ne seront plus jamais des fillettes. C’est curieux, mais j’en vois beaucoup, il y a une sympathie entre nous. J’ai plus de facilité à sourire à une adolescente qu’à une femme. Il y a une complicité.

Est-ce qu’un poète a des secrets de fabrication ?

Moi, je suis un bricoleur. J’ai sans doute des secrets de fabrication mais en ce moment je feuillette mes vieux textes et ces secrets m’échappent aujourd’hui. Il y a en fait, par époque, divers secrets de fabrication. J’en ai perdu certains. Hier, je regardais des textes de 74 et je ne sais plus comment ils sont conçus. D’ailleurs, je n’ai pratiquement jamais écrit de textes théoriques sur le sujet.

Vous avez dit que Rilke vous avait marqué.

Tous les gens de ma génération ont été marqués par Rilke. J’ai beaucoup lu de poésie contrairement aux poètes de maintenant. Je suis étonné qu’on lise si peu aujourd’hui.

On pourrait penser, au regard de votre œuvre, que vous êtes plus proche d’une poésie du quotidien.

Non, non. Je préfère les symbolistes et les post-parnassiens. Ils m’ont beaucoup appris mais on ne doit rien conserver. Il faut trouver son truc, ça me reste mystérieux. À partir de seize ans, au plateau d’Assy, j’ai découvert la poésie. Pendant dix ans je n’aboutissais à rien puis ma vie et mon langage sont devenus plus denses et j’ai trouvé. Il faut le dire : la poésie est une chose très dure, très exigeante. Les poètes ne le disent pas assez. Pour ma part, curieusement, j’ai été plus influencé par les prosateurs que par les poètes.

Dans cinq ans nous rentrons dans le troisième millénaire. Ça signifie quoi d’écrire de la poésie en l’an 2000 ?

Je crois que l’époque à venir ne sera pas défavorable à la poésie. Il faudra toujours ce champ expérimental, volé par la publicité soit dit en passant. Il faudra que les poètes le veuillent bien car il y a une tendance actuelle qui veut que la poésie devienne de la prose empilée. C’est une erreur car la poésie ne doit pas être systématiquement lisible. Tous les poètes qui durent c’est parce qu’ils n’ont pas de lisibilité parfaite. Rimbaud, par exemple. Actuellement, la poésie est trop parnassienne, dans le mauvais sens du terme.

Pourquoi avez-vous évolué de la poésie vers la prose ?

Quand je mets le nez dans mes papiers je me rends compte que j’ai écrit parallèlement à la poésie des proses non publiées. Ou publiées avec quinze ans de retard. En fait, il n’y a jamais eu de décalage. J’aime autant la prose que la poésie. Peut-être que la prose est plus souple mais elles disent la même chose. Ce qui me gêne dans la lisibilité poétique c’est qu’on perd le mystère, l’incommunicable. Hugo Von Hofmannsthal, Mallarmé, c’est le mystère. On ne souhaite pas qu’une jolie femme se mette nue tout de suite.


Tombé malade, dans la solitude du plateau d’Assy, je dénichai un jouet différent : la poésie, puis plus tard, j’alliai les deux. À ce jour, je n’ai en ma possession que quelques pièces du puzzle. Il me semble parfois que j’ai de moins en moins de pièces de puzzle. Dieu fasse que l’éternité ne soit pas de rester debout devant un écran vide. Ce serait magnifique si, même à intervalles irréguliers, on me projetait, oh ! Je n’en demande pas davantage, un Joseph Pevney ou un Richard Thorpe de derrière les fagots.
(Gris Bonheur, La Bartavelle)

La poésie, une thérapie ou un éblouissement ?

Il serait maladroit de dire qu’il n’y a pas une forme de thérapie. Mes poèmes sont sur ma vie, je reprends des phases de ma vie. Si je n’avais eu ce moyen de me défouler, j’aurais été encore plus malheureux. Mais ça ne doit pas être une séance de psychanalyse. L’éblouissement, oui, bien sûr, mon métier m’a donné les trois quarts de mes thèmes. J’ai beaucoup parlé de la bureaucratie dans mes poèmes. Certains poètes ont l’impression qu’ils descendent de l’Olympe. Moi, pas du tout. Un jour, je parlais avec un ami conducteur de train et m’étonnais qu’il ne parle jamais de son métier. Moi, si j’avais été conducteur de train, j’aurais écrit cent poèmes sur mon travail de conducteur. Je suis terrifié par cette distanciation qu’ont les gens vis-à-vis de leur métier.


Comment êtes-vous venu au cinéma ? Parlez-moi du Nickel Odéon.

En 58, il y a eu en France une floraison de gens qui se sont trouvés devant une situation curieuse. Il existait un tas de films qu’on ne montrait pas. Ils ont donc pris les choses en main. Nous, au Nickel Odéon, on a pris ce nom-là par rapport aux vieux cinés dans lesquels on pouvait rentrer contre un nickel. Il y a eu aussi les Mac Mahoniens et aussi des gens qui se sont occupés des films de l’Est, les Cents Fleurs. Les Mac Mahoniens avaient des idoles, nous on avait le principe de Langlois : un film, il faut le voir. À ce moment-là, on juge s’il est bon ou pas bon. On passait donc des films. Un tas de gens sont venus au Nickel comme Brion ou Tavernier. À la fin, nous n’étions plus que quatre : Martinand, Tavernier, Maginot et moi. On montrait les films sans a priori. Alfred Eibel et Pascal Thomas sont des ex-Mac Mahoniens et nous sommes restés amis avec eux.

L’un de vos poèmes est dédié à Puppi Avati

Oui, parce que le poème est la reconstruction de son film. L’histoire d’un éducateur. C’est une démarche que j’ai faite très souvent. J’ai fait La Guerre des Étoiles, comme ça. J’ai dédié mon poème à Avati parce que j’étais très proche du film. Beaucoup de mes poèmes sont inspirés par le cinéma. Je n’ai pas grand chose, par contre, à dire sur Paris. Sur la rue Marcadet, oui, mais pas sur Paris.

Vous connaissez tous les cinémas pornos de Paris. Quel intérêt pour un cinéphile ?

Oui, tous. Le cinéma érotique c’est un genre comme le western, le polar. C’est un genre noble, d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi on se croirait au-dessus de tout ça. On ne peut pas l’occulter.

Oui, mais vous êtes assidu, quand même ?

A une époque, j’en voyais très régulièrement. Les titres ne me viennent pas comme ça, d’ailleurs, ils sont d’un goût discutable. J’ai écrit un livre sur les salles pornos. Sur ce qui s’y passe. Le livre s’intitule Les Rois Ambulants. Je l’ai écrit pour Le Dilettante qui s’attendait à un porno à la paresseuse. Ils n’ont pas aimé. J’ai exploré ces salles où on atteint le fond d’une sexualité solitaire. On ne peut pas s’imaginer les choses que j’ai pu voir. C’est l’enfer. Par exemple, au Scala, quand vous entrez, c’est Metropolis. Le livre ressemble à son sujet. C’est aquatique, on se croirait dans un aquarium. J’ai eu l’impression d’être dans les grands fonds face à des mérous, des bénitiers. Pour moi, c’est du même ordre. Ce n’est plus du reportage, c’est le monde de la dislocation. Je parle de moi-même à travers ça, j’étais très malade à l’époque. Quand je rentrais de ces explorations, je me couchais sur mon lit, complètement mort. J’étais revenu de l’enfer. Zulma doit publier ce livre.

Certains noms de réalisateurs X vous viennent à l’esprit ?

J’aime bien Francis Leroi, nous sommes d’ailleurs amis. Il a introduit le style Nouvelle Vague dans le porno. Ses héroïnes ont quelque chose à voir avec Jean Seberg. Bénazéraf avait aussi des filles formidables, c’était le roi du film de strip-tease. La plupart des réalisateurs font aujourd’hui de la vidéo. Cela dit, dans un autre genre, Luc Moullet fait des films formidables en vidéo.

Comment avez-vous connu Rivette ?

Au cinéma. Je suis un peu le Rivette de la prose. Pour écrire une nouvelle, il me faut soixante pages. Lui, ses films font des heures. En fait, avec Rivette, nous sommes parfois les deux seuls spectateurs dans certaines salles. Ça rapproche. Pendant les grèves de décembre nous nous sommes encore retrouvés tous les deux dans une salle du quartier Latin. Pour voir un film malais, je crois. Il est très difficile d’approche, Rivette, très timide.

Quand vous alliez chercher les prostituées, c’était pour vous perdre ou vous retrouver ?

Plutôt pour m’y trouver. Il y a plus de franchise dans ce monde que dans bien d’autres. On apporte ce qu’on a. Si vous êtes quelqu’un qui cherche au-delà des apparences vous serez celui-ci. J’ai toujours abordé les professionnelles comme j’aborde les petites filles. Je ne fais pas de différence. Je ne suis pas terrifié par leur activité. J’ai parlé avec certaines d’entre elles. J’ai tendance à m’attacher. L’une d’elle - je l’appelais « ma blonde » - me racontait des tas d’histoires très poétiques. Je suis plus « pigallien » que « rue St Denis ». Vers 82, j’ai cessé complètement de fréquenter les bars et les péripatéticiennes. Ce que j’aimais, c’était bien connaître les filles. Je m’attachais souvent.

Pensez-vous, comme Bécaud, que « la solitude, ça n’existe pas » ?

Si, elle existe, mais elle est nécessaire. Ce n’est pas forcément une souffrance. Elle permet d’être vous-même. Vous ne pouvez pas toujours vivre avec les autres. C’est là que se crée le poème, par ailleurs. La solitude est nécessaire sinon nous serions détruits par les autres. C’est un rempart géant. On a une vision trop restrictive de la solitude. C’est du rapport avec les autres dont on souffre.

Il n’ira pas au cinéma. Il ne fera pas non plus de sautes dans un quartier au long cours où, pour les filles, tous les passants sont des marins en goguette, faciles à calmer comme des enfants. C’est un des cinq, six soirs annuels où il va parler littérature avec des amis, chercher un public, essayer de sortir de sa gangue, exécuter quelques pirouettes. Il arrive par le métro. En avance. Il attend l’heure du rendez-vous dans un bistrot de ce quinzième arrondissement qu’il connaît mal, qu’il ne découvre qu’à ces occasions-là. De beaux immeubles ont remplacé les cageots à Arabes. L’anis a succombé devant le beaujolais. Le thé à la menthe ne soulève plus guère de palmes. Les chiens ne passent pas comme autrefois en petite vitesse sauf les corniauds qui s’obstinent à rêver.
(Gris Bonheur, La Bartavelle)

J’aime Ostende et vous êtes un adepte d’Anvers. Voulez-vous en parler ?

Je suis mi-belge. J’ai beaucoup fréquenté Bruxelles et j’allais aussi à Anvers étant jeune. Plus tard, avec les cinéphiles, j’ai vu beaucoup de films américains, qui ne passaient pas en France, à Anvers. Des cinémas de marins avec des bancs, c’était extraordinaire. Tout cela n’existe plus, évidemment. Puis on m’a fait une commande pour écrire un livre sur la ville. Cela étant, j’aime aussi Ostende, Knokke, Blankenberg. Tous ces paysages me sont familiers. Hubert Juin devait traiter Bruxelles mais il est mort avant de faire le livre. Ce qui m’intéresse à Anvers c’est le parcours en tram, les vieux cinémas, pas le port. Ce sont d’immenses docks interminables. Ou alors, pour que ce soit intéressant, il faudrait écrire poutrelle après poutrelle. J’ai vu Anvers, la dernière fois, en plein hiver, sous la neige. Tout était fermé, je faisais ça à pied en février. Je n’ai pas rencontré un touriste ; ça tombe bien, je ne peux pas les voir. Anvers pendant le dégel, c’est hallucinant.

Où sont passés vos chats ?

Je me suis retrouvé un jour avec 29 chats. Les voisins se plaignaient. On m’a envoyé l’Hygiène. J’ai échappé aux hélicos et au GIGN. On tirait à la carabine à plomb sur les chats. Puis j’ai dû être opéré deux fois de suite et je les ai laissé à la garde d’un ami. On a dit que je les avais abandonnés et les voisins en ont profité pour les faire prendre par la SPA. La plupart sont tombés malades à Gennevilliers. On me les a trucidés. Il y a deux ans, j’ai été convoqué par le service psychiatrique de la préfecture. Ils voulaient me faire passer pour fou alors que je n’avais plus aucun chat. J’ai dit au type : « Monsieur, j’ai une leucémie, alors je crois qu’on peut me ficher la paix ! ». Certains chats ont été tués à l’acide. Alfred Eibel a été acidifié.

Pardon ?

Oui, j’avais donné à mes chats le nom de mes copains ; Chambelland, Eibel, Tavernier etc...

Vous venez de terminer un texte sur les chats.

Oui, sur tous les chats du Trocadéro, sur l’Aquarium. Evidemment, je parle de Charlie, le chat de la cinémathèque. Il est formidable, il se pose exactement à la place où se tenait Langlois pour visionner les films et il reste pendant des séances entières.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Le Partisan et Le Marcheur ?

Le Partisan, c’est une œuvre de jeunesse. Pour la première fois, je trouvais un ton à moi. Mais aujourd’hui, il y a des choses que je ne passerais plus dans ce recueil. Tout m’émerveillait à l’époque. C’est l’œuvre d’un garçon de vingt cinq ans que tout émerveille. Quant au Marcheur, il n’a pas bougé, il est comme ça, c’est complètement moi. Je ne pourrais pas le refaire, j’ai d’autres préoccupations. J’étais imbibé, à l’époque, j’allais dans les bars, je courais après les filles, je les regardais, je discutais avec les amiraux, j’étais imbibé par le quartier, la rue Ordener. Je ne pourrais jamais refaire aucun de mes livres. Une fois que c’est fait, c’est fini. En ce moment, je n’écris plus de poèmes ; j’écris de la prose débridée. Je reviendrai à la poésie mais il y a là-dedans un côté métastases qui finit par vous tuer.

Tu ne regardes plus avec plaisir que les enfants, les prostituées.

Toutes les photos de ta chambre te crachent à la gueule.

(Je fais bouillir mon vin, Le Pont de L’épée)

Yves Martin est décédé en septembre 1999.

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