Juliet Berto.

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Neige

Neige, premiers jours.

Les affiches de Série Noire d’Alain Corneau s’étiraient sur les murs de Paris. Je confiai à Juliet Berto que j’aimerais voir comment Perec s’était sorti de l’adaptation du livre de Thompson. Elle en pinçait pour Dewaere et c’est comme ça que nous prîmes place dans un cinéma, au début de l’avenue de Clichy, devenu depuis le Cinéma des Cinéastes.
A la sortie, enthousiasmés par le film, nous décidâmes d’aller avaler un steak dans un petit resto de la place attenante.

Entre deux frites, Juliet me parla de sa quête de rôles plus physiques, moins intériorisés que ceux que lui proposaient les réalisateurs. Elle évoqua son quartier, entre Pigalle et Anvers, et me confia qu’avec un copain, Jimmy, elle avait tourné des kilomètres de pellicule sur le boulevard de Rochechouart. En 79, la fête foraine était toujours présente sur le terre-plein et proposait un magnifique terrain de jeux pour les cinéastes. J’évoquai ensuite les religieux blacks, les marabouts du quartier ; elle répondit par le monde de la boxe. De fil en aiguille, nous inscrivions nos idées sur la nappe en papier de notre table de restaurant. Vers minuit, je la raccompagnai chez elle et, en rentrant dans mon appart situé à Lamarck-Caulaincourt, je commençai à mettre en place une dramaturgie située à Pigalle.

Une semaine plus tard, je confiai à Berto un synopsis que j’intitulai Neige avec comme personnage-levier un jeune dealer abattu par la police. Juliet y campait une barmaid au grand cœur. C’est trente jours plus tard, quand je lui portai le scénario complet, que l’idée lui vint de réaliser elle-même le film qu’on pourrait en tirer.
Elle avait retrouvé depuis peu Jean-Henri, le Roger de Godard-Roger. Celui-ci avait co-réalisé deux films avec le petit marquis suisse. Juliet et lui se connaissaient depuis leur période godardienne et tombèrent amoureux à l’occasion de leurs retrouvailles. Le couple prit la direction de L.A. car Berto tournait dans un film d’Agnès Varda que celle-ci réalisait en Californie. Du coup, c’est Moune, sœur de Juliet, et moi qui déposâmes à l’Avance les quinze exemplaires du scénario.

Durant le montage financier du film, il fut décidé que la fête foraine resterait le lieu central du film qui visiterait le quartier : Elysée-Montmartre, cité Goujon, passage des Poissonniers, magasin Tati. Le café dans lequel travaille Juliet, La Vieilleuse, n’existe pas sous ce nom. Par contre, le tournage a respecté une séquence située au drugstore Saint-Germain-des-Prés. Balmer et Chesnais y jouent des flics retors. Certains acteurs non prévus au départ furent des private joke que Berto s’adressa à elle-même : Eddy Constantine et Raymond Bussières, par exemple.

J’écris ceci, attablé à la terrasse des Oiseaux, le café-bar situé au métro Anvers. C’est là que Juliet m’avait donné rendez-vous lors de notre première rencontre. Elle portait des lunettes noires et discutait avec le barman.
En tirant le cou, je peux apercevoir, au bout du square, l’immeuble de coin des rues Trudaine et Turgot. Elle y vivait, au premier étage. Je la vois encore descendre l’escalier dare-dare et, parvenue sur le trottoir, siffler un taxi en maraude, les deux doigts dans la bouche. Un chauffeur qui pourrait la conduire au Quartier Latin pour y découvrir un incunable népalais voire un thriller cubain. Avec un peu de chance, Rivette serait installé au premier rang. Comme d’habitude.

Photos Moune Jamet.

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