Willy Ronis à l’Hôtel de Ville

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J’ai quand même réussi à y entrer. Willy Ronis, chantre de la photo humaniste, est célébré comme il faut. Beaucoup d’images, de périodes, de souvenirs. L’oeuvre du photographe est scindée en deux parties : avant 1965 et après. Quand la génération Rolling Stones débarque, Ronis prend le maquis du côté de Gordes. Jusque-là, on retient de lui ses photos tendres, sa lumière et son amour indéfectible pour Paris. Belleville-Ménilmontant, série-culte. Rue des Rigoles, avenue Simon Bolivar. Vers 36, le Front Populaire, bien sûr, et Rose Zehner en grêve aux usines Javel-Citroën puis la grêve des ouvriers aux Charpentiers en 1950. Et pour suivre, le reportage sur les habitants de la rue de la Huchette. Toutes ces images sont merveilleuses. On ne relève aucun montage, aucune installation. Il est là au bon moment, planqué dans la foule. Nous sommes toujours dans le Paris populaire, quand la rue donnait de la voix. Après 1960 et depuis son come back dans les années 80, Ronis essaie de coller à l’homme comme il l’a toujours fait. Mais l’homme est dispersé et l’image de la modernité ce n’est pas les tours de la Défense ou le RER à Chatelet-Les Halles (les téléphones).
D’ailleurs, plus largement, Paris est-elle faite pour une modernité plastique ? Graphique ? En tout cas, Willy peine avec ses images qui ont perdu leur âme dans les années cinquante.

Cette exposition raconte tout cela. Certaines photos nous sautent au visage : nous les avons vues cent fois. C’est le propre de Ronis : avoir pu figer une époque dans l’éternité. A titre personnel, j’ai toujours préféré Ronis à Doisneau (qui a suivi le même parcours) pour sa pudeur vis à vis de l’image, son retrait. On est ici dans l’intime, au coeur des hommes.