La fièvre de Sandor Jaszberényi / Mirobole.

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Grand reporter de profession, le hongrois Sandor Jaszberényi a couvert la plupart des conflits africains durant de nombreuses années. Notamment pour le New York Times. Le livre qu’il propose est un recueil de nouvelles qui relèvent de l’autofiction. On se doute que certains textes collent au réel et que d’autres sont des fictions, seulement nourries par ce réel. Le sentiment majeur qui accompagne ces nouvelles est celui du doute. Le héros de Jaszberényi, photographe de guerre, ne sait plus très bien pourquoi il continu à risquer sa vie en permanence. Pour échapper à une femme qui lui a retiré son enfant ou pour survivre car s’il s’arrête tout s’arrête ? Une pensée l’obsède : il n’est plus certain d’être là pour témoigner à l’aide d’images. Comme le disait Sandor à Frontignan en juin, le public finit par se gorger de ces images de détresse et en redemande. L’effet obtenu est donc inverse à celui recherché. Pour avancer dans ces guerres, Tchad, Darfour, Gaza, Yémen, le héros de Sandor se mêle aux populations, s’exprime en arabe, jure allégeance à Dieu mais rien n’y fait, il reste l’étranger, celui du camp d’en face. Du coup, la vie ne vaut plus grand chose et si tu commences à réfléchir, tu disparais. On avance ici dans une fièvre maladive, courbé en deux Place Tahir, aux abords des tunnels du Hamas, à deux pas des moudjahidin, en proie à la ferveur des croyances tribales. De texte en texte, le photographe se rapproche d’un lieu qui n’existe plus sur la carte du monde, les lois n’y ont plus cours, la survie seule a droit de cité. Le livre reposé, nous restons avec Jaszberényi, au centre de la folie des hommes, plus très sûrs d’avoir lu un recueil de fictions. L’écriture a aussi son importance dans cet opus, elle est émotive, intense, brutale. (in 813 n°134 ).