William Klein, rétrospective à Beaubourg.

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Ce qu’on oublie, c’est le passé pictural de Klein. A l’aube des années 50, il est encore peintre abstrait. Il fait les Beaux Arts à Paris et travaille dans les ateliers de Lhote et Léger. Il rend visite aux maîtres : Mondrian, de Staël. Parallèlement, Klein découvre Walker Evans et le Bauhaus. Il a donc évolué dans une atmosphère picturale, culturelle. Retourné au Etats Unis, c’est Alexander Lieberman, directeur artistique de Vogue, qui le prend sous son aile et lui confie des reportages de terrain. C’est ainsi que nait son chef d’oeuvre,New York , dont les photos sont souvent reproduites en magazine. Le gamin au révolver, les gens de Harlem et le spectacle de la rue ont été montrées voici peu à la Maison Européenne de la Photo.

Dans cette rétrospective, Klein présente des clichés effectués à Rome,à l’époque patrie des Lambretta, de Moscou vu à travers un prisme à la Tchékov ; Tokyo et ses danseurs de Buto. A Paris, Klein se spécialise dans la nécro de plein air avec les enterrements de Thorez, De Gaulle, Tino Rossi. Assez curieusement, je m’interrogeais hier sur Ronis et la modernité, eh bien, la réponse est Klein. Si quelqu’un sait photographier l’être humain d’aujourd’hui, c’est bien lui. Voir ses images de manifs, défilés gays, Chinois, anarchistes.

Deux boxes passent en boucle des extraits de ses films : Polly Maggoo et Mister Freedom, essentiellement, avec Delphine Seyrig, voluptueuse et arachnéenne. Je n’ai pas vu Loin du Vietnam ni Muhammad Ali the Greatest qui propose un autre regard que celui offert dans l’excellent When we where kings. On aura compris qu’il s’agit d’une oeuvre multiforme quand arrive la salle consacrée à la mode avec ses photos romaines et leurs mannequins chahutés par les passants. Une dernière salle est dévolue aux planches contact barbouillées de peinture aux couleurs vives. Mais ce n’est pas pour ça que les visiteurs gagnent Beaubourg. Comme chez Ronis, on reconnait au fil des salles des images qui ont déjà fait plusieurs fois le tour du monde. Il s’agit en fait de retrouvailles avec cet américain cosmopolite dont les clichés vintage s’arrachent dans les salles de vente.