Violent Days de Lucile Chaufour.

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Quelque part sur Paris-banlieue quatre jeunes, dont une fille, envisagent de partir au Havre pour assister à un concert de Rockabilly. Avant d’y parvenir, la réalisatrice nous propose un petit road movie pour faire connaissance avec les protagonistes. Deux des participants sont très complices, le troisième est plutôt mutique et la fille, considérée par les autres comme un boulet, a l’intention de passer le temps sur une plage du Havre. Une fois sur place, dans la banlieue havraise, le syndrome Johnny Burnette est à l’oeuvre. Des figurants occasionnels jouent leur propre rôle, arborent leurs tatouages, leurs bananes et leurs gonzesses, très rarement autorisées à parler. Tout cela se termine par une bagarre bordélique avec des beurs d’une cité voisine. La musique n’est pas mauvaise dans le genre guitare-basse-batterie.

Lucile Chaufour a choisi l’intemporalité pour parler de ces rockers adeptes d’une musique née avant l’émergence d’Elvis Presley. Elle entrelarde sa fiction d’interviews réalisées avec des figurants qui se racontent. Ces témoignages baignent dans le désespoir, la conscience d’appartenir à ceux qui resteront toujours en marge et regardés de haut par les nantis. Des séquences live sur ces jeunes bossant dans des usines de merde, déplaçant des palettes, viennent confirmer leur lucidité quant à leur avenir. Il reste donc le rockabilly. Le sentiment d’appartenir à une communauté, d’arborer une attitude peu en cours dans les centre-ville. A terme, ils rentreront dans le rang et ils le savent. Evidemment, ce sont les femmes qui brisent ces rêves d’Amérique illusoire. Elles veulent une petite baraque, la télé et leur mec à la maison.
Ce faux documentaire propose un noir et blanc volontairement surexposé comme pour s’éloigner du réel. Pourtant nous sommes en plein dedans.