Un crime, de Manuel Pradal. Avec Harvey Keitel et Emmanuelle Béart.

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Vincent découvre sa jeune femme assassinée et ne pourra prendre goût à la vie qu’après avoir confondu son assassin. Quelques années plus tard, il se lie d’amitié avec sa voisine de palier. Celle-ci est amoureuse et s’arrange pour mettre sur la route de Vincent un chauffeur de taxi crédible en meurtrier. Ce blocage mental dépassé, Vincent pourra enfin se consacrer tout à elle. Voilà pour la structure de l’intrigue.

Ce film crépusculaire, vicelard et fragile à la fois, propose des lieux New Yorkais inattendus. Vincent fait courir un lévrier dans des courses de plage fréquentées par l’infra-monde chinois. Le chauffeur de Taxi interprêté par Keitel est une sorte de vieux body buildé à la dérive qui n’en revient pas de se faire draguer par Béart. Quant à celle-ci, femme-fatale salope mais émouvante, elle manque du caractère "habité" que réclame le rôle. Son personnage noie sa frustration dans l’alcool et distribue de la nourriture aux sans-abris de Central Park. Implacable, donc, mais humaine.

Quant on assiste au retour de situation final, on comprend que Benacquista est aux commandes du scénario. Ce film bien mené propose une lumière atonale, une amoralité de bon aloi et rend parfaitement compte du vide affectif à l’oeuvre dans la métropole américaine. Contrairement aux films de Scorsese, remarquablement inspirés par New York, cette production n’affiche pas la bonne santé des histoires de gangsters mais plutôt une dérive malsaine qui est à mettre au crédit de Pradal.