Shangaï Express numéro 2.

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Le but avoué de Shangaï Express est de faire lire de la fiction. Passée ou inédite. Nouvelles, feuilletons, extraits de romans. C’est ce qui marche le moins, à mon sens. Le problême ne tient pas à la qualité des textes mais à mon incapacité à lire de la fiction qui ne soit pas dans un format livre. Je lis facilement un texte dans la NRF mais ici, sur plusieurs colonnes, j’ai du mal. Néanmoins, dans le genre feuilletonesque, je recommande Cary Ferey et Sébastien Gendron qui développent des sujets qui se prêtent bien au "A suivre" et leur style décontracté, donc enlevé, colle lui aussi au genre.

En fait, ce qui fonctionne le mieux ce sont les chroniques. D’habitude élaborées pour remplir, elles sont ici particulièrement réussies. J’ai un faible pour Gégène des Gravilliers de Jérôme Pierrat qui se plonge avec bonheur dans le Paris des aminches quand les apaches tenaient les fortifs. C’est érudit et drôle. Martin Winkler nous entretient des séries télévisées et sa connaissance du sujet emporte, là aussi, le morceau. Jean Luc Manet avec Highway to hell met en avant des disques introuvables sauf celui de Rosanne Cash, la fille de, qui, rappelons-le, écrit également du polar (voir l’anthologie de John Harvey sur la musique en Ecrits noirs chez Rivages). Madame Jibé nous propose un "spécial Parfums" mais la connaissance de ce sujet pointu par Jibé ne m’était pas inconnue. En prime, c’est très bien écrit. Jérôme Leroy décoiffe avec une étude sur SAS de Gérard de Villiers. Toutes ses chroniques, depuis le numéro zéro, sont vives, intelligentes et il possède le ton du pamphlétaire littéraire. On pense parfois à Matignon, en plus drôle. Enfin, pour terminer, la page Adieu Poulet (quand la grippe aviaire croise le polar seventies) de Colin Thibert. J’avais laissé Thibert graphiste dans les années 80, quand son dessin assisté par ordinateur frôlait la nullité. Je le retrouve ici avec un trait sensible, qui rappelle parfois Blachon, et une capacité à torcher une histoire vraiment comique sur une page.

Bravo à tous. Pour que ce magazine vive, il faut en parler et le réclamer à son kiosquier. C’est mensuel, ça coûte 6 euros.