Roseanna par Sjöwall et Wahlöö / Rivages.

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Les dix romans du couple suédois consacrés à Martin Beck existent depuis les années soixante mais, curieusement, je ne les avais pas ouverts. Ici, Rivages propose une traduction revue à partir du texte suédois d’origine.

Martin Beck est un enquèteur de Stockholm. On lui refile la mort d’une jeune femme trouvée dans un canal. Elle a été violentée et poussée à la flotte. Un autre homme s’intéresse à ce cadavre : Ahlberg, flic de province mais teigneux. Les deux hommes passeront un temps fou à déterminer qui est cette femme, qui l’a tuée et tendront, pour finir, un piège à l’assassin. Ce qui fait l’intérêt de cette histoire, c’est la passion et la rage qui habite les deux hommes, fous furieux de ne pas trouver le responsable de cette vie piétinée.

Les deux suédois (les écrivains) sont les inventeurs de l’enquète à la suédoise, inspirée elle-même de celles de Maigret. Pépère, tranquille. Que ce soit Mankell qui préface le livre indique bien où nous sommes arrivés. Néanmoins, le côté pur, fluide, de la narration est moderne. Martin Beck lui-même est bougon, fermé, monosyllabique, parle d’autre chose quand sa femme l’engueule. Bref, tout ceci a été écrit avant que les américains et les scandinaves nous infligent la vie privée des flics, jugée aussi passionnante que leur enquète. D’ailleurs, Beck n’est jamais présenté comme un héros des temps modernes. Il fait son boulot, pas vraiment convaincu. Il y a derrière tout cela comme une déception non dite qui prend de la force à cause, justement, de ce non-dit. Un bon livre. Les neuf autres suivent chez le même éditeur.