Nuit de fureur de Jim Thompson par Miles Hyman et Matz / Rivages-Casterman

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Carl Bigelow est un tueur. Il mesure un mètre soixante, ressemble à un gosse et se traîne en plus une tuberculose. On le paie trente mille dollars pour éliminer une balance sur le déclin. Quand il arrive à Peardale, ça gaze de suite avec la femme de la victime. Puis apparaît Ruth, une beauté à lunettes unijambiste mais beau cul et gros seins.

Carl, tenaillé par la mort en marche dans son corps, son job et les femmes qui le rendent dingue, essaie de survivre mais le tragique de son personnage le tire vers le bas.

L’adaptation est bonne, le découpage est bon, s’agissant d’un gros roman de 250 pages à réduire en BD de 90 pages. Miles Hyman, avec qui j’ai travaillé à deux reprises, fait ici ses grands débuts de bédéiste. Si l’on excepte une petite livraison chez Futuro publiée sous le pseudo Milo Dax. On avait un peu peur car le dessin sophistiqué de Miles risquait d’être réduit et, donc, de perdre de sa force. Il n’en est rien.

Cette BD est majestueuse, lyrique, et n’embellit rien. Nous sommes dans le noir absolu, celui de Thompson qui reste, avec Goodis, l’un des grands écrivains du désespoir, tendance hard boiled. La gamme de couleurs lorgne vers les beige, les sable, les terre de sienne cassé. Aucune teinte agressive, ce qui donne à l’ensemble un aspect légèrement "daté" du meilleur effet. Miles est au plus haut, virtuose, inspiré et fait bouger ses images en vieux routard des cases. L’édition est de qualité, sans ostentation. Une réussite.