Lorraine connection par Dominique Manotti, Rivages.

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Matra et Alcatel sont en concurrence au sujet de Thompson. L’usine Daewo sise à Pondange, en Lorraine, est liée à la reprise. Cette unité produit des tubes cathodiques et, suite à des accidents du travail, entre en grêve. Au début, on a peur. Les gentils ouvriers contre les méchants patrons. Puis les maghrébins supers contre les cons de français. En fait, l’histoire est plus compliquée. Si les dessous politico-financiers de cette intrigue m’indiffèrent, je sais gré à Dominique d’avoir su doser ses personnages avec intelligence. Chez les Maghrébins, Amrouche est un allié objectif du pouvoir mais il ne le comprend pas. Nourredine est un meneur, il en faut. Karim est un petit dealer de merde, magouilleur de série. Enfin, Aïcha, fragile, décide de perdre sa virginité n’importe comment pourvu que cette transformation la fasse passer à l’âge adulte.
Chez les français, c’est un peu la même chose, personne n’est vraiment noir ni vraiment blanc. A l’exception des tueurs qui éliminent à tour de bras les témoins de l’incendie à l’usine Daewo.

Un privé essaie de comprendre qui tire les ficelles à Pondange et pourquoi. Il a même le droit d’inventer des preuves pour Alcatel mais il n’aura pas besoin de le faire. Il suffit de se baisser. Evidemment, tout le monde est mouillé, y compris les gens dont il faut taire le nom. Vous vous demandez pourquoi je parle de ce livre. En fait, le meilleur, c’est l’écriture. Manotti avance à la schlague, les dialogues sont incisifs, les opinions tranchées. Pour gagner en vitesse, elle ne revient pas à la ligne entre dialogues et narration. Elle peut passer à trois niveaux de lecture sur la même ligne. Au départ, on pense que cette technique est suicidaire mais non, le feeling est là et, bien que son sujet n’ait pas mes préférences, je me suis laisser porter par la musique du texte. Pour le moment, ce Lorraine Connection laisse loin derrière lui les romans noirs français de l’année.