Les musiciens de jazz et leurs trois voeux par Pannonica de Koenigswarter, Buchet-Chastel.

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Les dernières volontés de la baronne furent qu’on disperse ses cendres dans l’Hudson "autour de minuit". Toute une vie consacrée au jazz ne pouvait se terminer qu’ainsi.

Pannonica a d’abord connu Teddy Wilson et, de fil en aiguille, s’est prise de passion pour le jazz. Après la séparation d’avec son mari, elle prend position dans divers hôtels new yorkais et abrite les musiciens dans la débine tel Thélonious Monk qui vivra plusieurs années chez elle. Elle écume les boites , passant de l’une à l’autre au volant de sa Bentley. Quand les sets sont terminés, les jazzmen se retrouvent chez Pannonica et font la fête toute la nuit durant. Les patrons d’hôtels s’agaçent et elle finit par acheter, sur le conseil de Monk, une maison en banlieue baptisée Cathouse. Les musiciens lui rendent son amitié indéfectible en lui dédiant nombre de morceaux dont le fameux Pannonica de Monk. Au moment où Clint Eastwood termine Bird il rendra également hommage à cette femme passionnée, en rupture avec son milieu et dont la générosité a tiré d’affaire nombre de créateurs dans la panade.

Arrêtée dans la cambrousse américaine en compagnie de Monk, elle prend sur elle la possession de Marijuana qui aurait valu au musicien le retrait de sa carte et lui aurait fermé les portes des clubs. Pendant toutes ces années consacrées au jazz, la baronne prend un nombre considérable de photos à l’aide de son petit polaroïd. Et pour accompagner ces images intimes (à la maison) elle pose la même question aux jazzmen : quels sont tes trois voeux majeurs. Miles Davis répond "être blanc", Duke Ellington "ce qu’il y a de mieux" et Art Blakey "que tu m’aimes". La plupart des réponses tournent autour du fric, revendiqué très souvent, de la paix dans le monde et de l’amour. Il n’est pratiquement jamais question de racisme bien que la majorité des jazzmen soit noire.

Ce livre regroupe donc les réponses indiquées ci-dessus, accompagnées de photos décontractées de personnages ayant construit, au vingtième siècle, l’histoire du jazz. Sans être un grand livre, l’ouvrage de Pannonica reste émouvant de bout en bout, révélant une complicité hors norme entre la baronne et ses chers jazzmen.