Le passager d’Istanbul de Joseph Kanon / Le Seuil.

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A Istanbul, à la fin de la guerre (45, 46 ?), Leon Bauer, négociant en tabac, rend toujours des services au consulat américain. Son épouse, Anna, aujourd’hui en état végétatif, fut très active durant le conflit pour faire passer des cargos de réfugiés juifs fuyant le nazisme. Tommy, une sorte d’agent traitant américain, demande à Leon d’effectuer une dernière mission avant de plier les gaules : faire passer aux US un roumain détenteur de secrets concernant le régime hitlérien. Les russes et la police secrète turque sont également friands de ces repentis bavards. Mais rien n’est simple et de révélation en révélation, Leon ne sait plus où il habite.

Ce roman respire la vie stambouliote de l’après-guerre. Les américains font leurs bagages, les russes revanchards traquent ceux qui trainent, le Mossad évacue les derniers réfugiés et, bien sûr, les putes au grand coeur clament qu’elle sont muettes comme des tombes. La vie mondaine reprend sous les ors des palaces encore debouts et, sur le Bosphore, les caïques cabotent chargées de secrets inavouables.

Kanon, auteur du chef-d’oeuvre L’Ami Allemand, a réussi son livre. Il forme avec Henry Porter le duo de choc qui lorgne la place de Le Carré, toujours en posture de résistance.