Le Peuple des berges par Robert Giraud / Le Dilettante.

Publié
Robert.

Du 8 octobre au 3 décembre 1956, Robert Giraud a livré à Qui ? Détective neuf articles intitulés La vie secrète des clochards de Paris. Giraud était qualifié pour ce travail car la cloche, il connaissait. Toujours un peu borderline, l’écrivain rentrait cependant le soir chez lui, au sec. Il en convenait volontiers. Néanmoins, ses nombreuses échappées underground, seul ou en compagnie de Robert Doisneau, indiquent un sens aïgu du contact avec le peuple des rues. Giraud regarde ses copains de cloche avec un oeil ému, amusé mais aussi critique quand certains profitent de leur position hiérarchique pour la ramener dans l’inframonde. A la lecture, on retrouve l’amour de Giraud pour les anciennes Halles de Paris déjà bien croquées dans l’indépassable Le vin des rues. Il collectionne dans ces articles les petits métiers de la cloche, les roublards, ceux qui pèchent la nuit sur la Seine, ceux qui louent leur corps pour donner la main aux Forts des Halles. De texte en texte, une constante : le pinard. Carburant élu par la cloche, le vin est un moment de fraternité qui fait se mêler ceux qui souffrent et survivent de nuit en nuit dans le froid et la démerde. Il faut voir comment Robert présente tout son monde. On n’est pas dans l’étude chiffrée ; là nous sommes côté coeur avec un gros zeste de fiction parfois mais c’est tellement bon quand c’est Giraud qui parle. Olivier Bailly, qui tient un blog consacré à l’écrivain, a signé la préface et on me dit qu’il est à l’origine de cette édition. Mais Giraud n’est pas un inconnu au Dilettante qui a déjà publié notamment Paris mon pote, Carrefour Buci et Les lumières du zinc. Indispensable aux amoureux de Paris. Aux aminches et aux marlous des fortifs.