Le Brady, cinéma des damnés par Jacques Thorens / Verticales.

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Au 39, boulevard de Strasbourg, le cinéma Le Brady a longtemps proposé sa façade pisseuse et son entrée pour lilliputiens. Durant sa longue existence, il est racheté par Jean-Pierre Mocky qui décide de créer une seconde salle. Pour y passer ses propres films et donner un minimum de convenance aux lieux. Car dans la salle historique du Brady, le film n’a pas grande importance. Ce qui compte c’est l’appellation "Cinéma Permanent" qui permet aux sans-abris de dormir au sec en plein jour, aux putes roumaines de draguer le client, aux exhibitionnistes de squatter les derniers rangs et, surtout, aux homosexuels maghrébins d’arrondir les fin de mois. Ce qui compte au Brady, c’est la dimension des chiottes et ce qui en sort. On est parfois surpris. Donc, l’écran est secondaire. Parfois des bobines sont interchangées, d’autres brûlent, certaines font se suivre Harry Potter et Dans le cul la balayette. Mais le gros truc du Brady c’est le cinéma de l’étrange, le fantastique ringard à l’italienne, le western souffreteux, les clones de stars qui envahissent les écrans pour le 10e remake du Fils de Frankenstein, l’érotique SS, le gore qui saigne par bassines entières. Bref, nous ne sommes pas dans un cinéma mais dans l’hyper-espace.
Jacques Thorens y travailla comme projectionniste, caissier, surveillant de salle. Il avait beaucoup de choses à raconter. Il fait ça très bien, son livre est une mine d’anecdotes marquées par l’humour, la compassion, la fraternité et surtout l’amour du cinéma sans barrières. Ce livre est une merveille.