La vitesse foudroyante du passé par Raymond Carver / Editions de l’Olivier

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On a déjà pu lire les poèmes de Carver et, notamment, dans le recueil "Là où les eaux se mèlent" paru en 1993 à L’Incertain. Cette poésie, nous la rencontrons régulièrement dans la poésie américaine. Je pense en particulier à Jim Harrison car Carver et Harrison ont en commun la tentation de gommer ce qui est de l’ordre de l’incommunicable dans la poésie contemporaine.

" Mona, je suis désolé de dire ça,/ mais j’étais incapable de goûter ton gâteau./ je l’ai mis de côté pour plus tard, peut-être./ Enfin, merci. Tu es si gentille de penser/ à moi, ici, cet hiver./ Vivant seul./ Comme un animal, je crois."

De fait, Raymond Carver, grand nouvelliste, produit en guise de poésie de mini nouvelles qui peuvent parfois intriguer mais dans l’ensemble sont en droite ligne avec son inspiration de prosateur.

" Et pourquoi un homme lèverait la main /sur lui-même, fût-ce dans son sommeil ?/ C’est à cette question entre autres /que je m’efforce de répondre ce matin./ En examinant mon visage dans la vître."

La solitude, le temps qui passe, l’éloignement des autres, la comédie de la vie, le quotidien, une vie riche mais sans argent. Tous ces thèmes sont déclinés par Carver d’un geste sûr qui rappelle évidemment la précision qui prélude à chacune de ses nouvelles. Une écriture "simple" aussi mais nous savons bien que, pour arriver à produire une telle simplicité, il faut compter vingt ans d’écriture derrière soi.

"Il continue de neiger./ Et il neige et neige encore/ quand je raccroche. Les arbres et les toîts /sont couverts de neige. Comment puis-je en parler ?/ Comment pourrais-je expliquer ce que je ressens ?"