L’honorable société par DOA/Manotti / Gallimard

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L\’honorable société

En pleine campagne présidentielle, Soubise, flic au CEA, est tué dans l’urgence par deux barbouzes qui subtilisent son ordinateur. Un peu plus tôt, l’ordi a été piraté par trois activistes écolos. La mort de Soubise est filmée en direct et mise aussitôt à la connaissance des camarades verts. Ceux-ci préparent un gros coup média nommé Gédéon dont on ne sait rien au départ.

Pâris, flic intègre et déçu par les hiérarchies qui transforment les policiers de terrain en marionnettes, est chargé de l’enquète Soubise à la Criminelle. On s’aperçoit, au fil des pages, que le nucléaire français et la politique jouent un rôle considérable dans les évènements précités, dans la campagne présidentielle et dans les décisions que prendra le futur gouvernement.

Manifestement inspiré par une actualité récente, L’honorable société renvoie dans l’esprit à certains polars (Rick, Manchette) des années 70. On y croisait déjà la politique, le social et la vie des soutiers embarqués dans des aventures qu’ils ne pouvaient maitriser. La différence ici tient dans l’épaisseur du sujet (polyphonique) et dans la capacité des auteurs à booster leur histoire, à la façon d’un film qui peut changer de point de vue, d’une séquence à l’autre. Beaucoup de savoir-faire et de technicité dans cet opus. L’écriture est assez neutre mais ça n’est pas grave car le sujet central, découpé par strates, n’implique pas de travail sur la langue. Celui-ci pourrait même ralentir le développement de l’histoire.

Ce roman évoque un cousinage certain avec James Grady ou Henry Porter. Comme je le disais à propos de Citoyens clandestins (de DOA), il est bien que des auteurs de qualité se collètent avec la politique-fiction de niveau international. On n’est pas obligé de laisser systématiquement les anglo-saxons règner sur ce créneau.