Gomorra de Matteo Garrone.

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A Scampia, dans la banlieue napolitaine, des cités d’immeubles entrelacés, sombres, pisseux, dans un état lamentable, sont contrôlées par divers clans de la camorra. Un gamin, admiratif des dealers et des tueurs qu’il cotoie chaque jour, rêve de devenir guetteur. Deux jeunes de 18 ans se prennent pour Pacino dans Scarface et veulent en découdre. Ils leur faut le monde, tout de suite. Un camorriste en costume débarasse les sociétés de leurs déchets toxiques et se contente de les entasser dans des carrières à ciel ouvert. Les autres s’entretuent, dealent et passent leur temps à surveiller les rues et les toîts avoisinants par peur d’une descente de flics où du raid d’un clan adverse.

Garrone a bien saisi tout cela dans cette adaptation du roman de Roberto Saviano. On comprend très vite que nous irons passer nos vacances à Capri plutôt qu’à Scampia. On comprend aussi que l’Italie est engluée depuis trop longtemps dans cette situation impensable. On le comprend d’autant mieux que le second livre de Cataldo (sur lequel je reviendrai) faisant suite à Romanzo Criminale, traite de la mafia et du nord de l’Italie. Plus haut, on est plus politisé mais dominé également par la violence, le fric, les caisses occultes, les pots de vin incessants et les meurtres à répétition.

Ce pays est donc très mal parti et si Berlusconi s’en sort ce sera avec de l’argent sale et les services à rendre en remerciement. Garrone, pour revenir à lui, se tient au plus près de la base, de la merde, des rêves avortés car les camorristes ambitieux se font buter. L’image est forte, elle bouge bien et les acteurs ne font pas dans la pleurnicherie. Deux des personnages échapperont à l’engrenage camorriste : l’un finira routier et l’autre part à pied, sans un rond mais droit. Ca relève le niveau de l’homme mais pas celui du pays.