Election 1 par Johnnie To.

Publié

Johnnie To, qui tourne et produit rapidement, nous avait laissés sur notre faim avec deux films moyens : PTU et Breaking News. Ca sentait la précipitation dans le tournage, la lumière était très moyenne et l’irruption et la manipulation de la presse étaient montrées de façon un peu scolaire.

En fait, depuis The Mission, le réalisateur de Hong Kong n’avait pas retrouvé de la hauteur de vue et une réalisation de classe. Avec Election, on comprend de suite que To a décidé de marquer d’une pierre blanche le cinéma de Hong Kong qui a perdu de sa superbe ces dernières années.

Le film est centré sur la guerre que se livrent deux prétendants à la direction d’une triade hongkongaise. L’un (Simon Yam) , réfléchit, il est politique, parle bizness. L’autre (Tony Leung) fait parler la force, la violence. Qui plus est, il ne reconnait pas sa défaite car son concurrent n’a pas récupéré le sceptre qui signe sa grandeur. A Paris, ce genre de connerie fait plutôt sourire mais nous sommes en Chine et on ne plaisante pas avec les sceptres à Hong Kong. Tous les combats pour la direction de la triade sont orchestrés sans une seule arme à feu. La mort est brutale mais feutrée. La plupart des scènes sont filmées entre chien et loup, la lumière s’étouffe mais la nuit segmentante n’est pas encore là.

Cette lutte à mort entre Lok et Big D. renvoie à des stéréotypes politiques que nous connaisssons et qui sont toujours d’actualité. To filme ça au ras du sol. Comme dans le Parrain, les hommes passent du temps à table (autour du thé), les femmes jouent au mahjong, les chefs partent à la pêche avec un mauvais équipement. Les flics ne sont pas vraiment corrompus mais se contentent d’être dépassés par les évènements et on comprend que l’autorité n’est plus là.

Avec cette production, Johnnie fait très fort et vient titiller sur leur terrain les Scorsese et Coppola dont les fils ne font pas le poids devant le travail remarquable de Johnnie To.