Charles Bukowski, une vie de fou par Howard Sounes / Ed. du Rocher

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Cette bio a paru en même temps que le recueil Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines , chroniqué sur ce site. L’intérêt du livre réside dans la mise à plat de ragots concernant l’écrivain. On s’aperçoit que Buk en a vraiment bavé quand il était postier au tri des lettres. On comprend que s’il a réussi à s’en affranchir, c’est grâce à son éditeur fidèle, John Martin, qui, en s’endettant, lui assura une petite mensualité. On voit Buk, pas très malin avec les femmes, contrairement à la légende, visité par des nanas hystériques prêtes à se faire baiser par le roi du cul. On s’amuse des angoisses de ce type, toujours présenté comme un cynique, souffrant mille morts quand une de ses femmes le laisse choir. Bref, Sounes a débusqué l’aspect humain et a remis certaines montres à l’heure. Mais dans l’ensemble, le livre est honnête et ne cherche pas la complaisance grâce à des témoignages de survivants qui n’ont pas leur langue dans leur poche.

J’ai cru longtemps que Buk avait crevé la dalle. Avec un changement de cap quand Hollywood s’intéressa à lui. Mais non. Quand il comprend que ses lectures attirent un important public, il passe à la caisse et, dès lors, l’ordinaire s’améliore. Pourquoi pas ? Il n’a pas volé son fric. Il aimait les pavillons avec jardin et les BMW noires et il a pu se les payer. Tant mieux. On notera au passage quelques errances critiques sur les oeuvres du maître : Postier est quasiment présenté comme un chef d’oeuvre (sic) mais dans la geste Bukowskienne nous savons ce qui prime : les nouvelles (Les Mémoires, le Journal et, bien sûr, les Contes de la Folie Ordinaire). Et là où Buk se révèle champion, c’est en poésie. Cru, brutal, essentiel, son texte parle au monde et dépasse de très loin le cercle des fans avinés californiens.

Bukowski fut terriblement méchant et de mauvaise foi à l’égard des écrivains qui furent ses contemporains. Dans l’ensemble, tous des cons. On notera cependant ce moment sympathique relevé par Sounes : Buk rend visite a plusieurs reprises à son écrivain préféré. John Fante. Celui-ci, vieux, aveugle et cul -de -jatte survit dans son ranch près de sa femme, loin de tout, loin du bizness, loin de la littérature. Que ces deux hommes qui nous sont chers se soient rapprochés nous rend heureux. N’est-ce pas ?