C’est un chien qui nous revient de la ville.

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Plutôt que la nécro de Joe Cocker, voici une chronique écrite il y a bien longtemps quand le chanteur sortait sa reprise de Ray Charles. Elle fut publiée dans Le Monde de la Musique.

JOE COCKER

Unchain my heart. (Choc de la Musique).

Grognard du rock, miraculé de la soul music, pythie chauve du R’n’B, on pourrait additionner à l’envi les métaphores pour ce qui concerne Joe Cocker. Rappelons rapidement qu’il débuta avec une reprise de With a little help from my friends déchirante et tourmentée, pour passer dans la cour des grands au festival de Woodstock. En 1970, il participe à la tournée américaine Mads dogs and Englishmen managée par Leon Russel. Quarante jours de folie au cours desquels Cocker absorbera force bourbon et drogues de toutes natures. Il ne s’en remettra jamais. Des diamants miraculeux émergent de cette saga : Cry me a river, Honky tonk woman, The letter. Puis c’est la plongée dans l’anonymat. Chris Blackwell, patron d’Island, le tire de sa retraite en 82 et lui fait enregistrer l’album du come back, Sheffield Steel, qui doit beaucoup aux musiciens jamaïcains tissant derrière la voix d’acier du sublime poivrot un beat implacable. Il alterne, du bon au tout juste passable. Notons le superbe Seven Days, de Bob Dylan.

Cet album-ci, marqué par le R’n’B et enregistré dans le New Jersey, nous restitue un très grand Cocker, revenu d’entre les morts, pathétique, déchirant et capable à tout coup de transformer le plomb en or. Quelques titres magiques à retenir : Unchain my heart, Isolation de John Lennon, émotif à souhait, ou encore A woman loves a man qui donne le ton général à cette musique de l’âme, marque de fabrique d’un homme qui a beaucoup donné aux seventies. Musicien de concert avant tout, on le reverra avec plaisir sur une scène parisienne.

Capitol / EMI.