A la une du New York Times par Andrew Rossi.

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Le journal.

Bill Keller, rédacteur en chef du journal au moment du tournage, a laissé Andrew Rossi se balader à sa convenance dans la rédaction et notamment au média desk, là où les informations sont soupesées et traitées.

Plusieurs affaires sont au centre des discussions du quotidien : l’impact de Wikileaks et comment traiter leurs infos, les positions de Sam Zell qui dirige le groupe Tribune, le passage du papier à l’écran dans la presse et la prétendue fin de l’intervention américaine en Irak. L’homme qui sert de fil rouge à Rossi est David Carr, vieux routier du journal, au passé atypique. Ex-drogué, ex sans-abri, grande gueule, voix cassée, dégaine de hobo. Ce type attachant en tient pour le journal papier, bien entendu, et rappelle judicieusement que le Times a toujours été présent sur les fronts des combats sans avoir besoin de fournisseurs d’infos scotchés à leurs écrans dans des villes sous le feu. Pour le magnat du groupe Tribune, Sam Zell, il décide de se le faire en 15 jours. On s’aperçoit que ce patron de presse n’est autre qu’un homme d’affaires qui veut empiler les dollars et c’est tout. Le Times met le texte de Carr à la une, 15 jours après enquête, et c’en est fini de Zell. Quant à Wikileaks, le Times fait partie des journaux traditionnels qui ont décidé de se nourrir des infos distribuées par Assange mais après écrêmage.

Certains au journal restent résolument contre le tout-gratuit et l’info numérique. D’autres préconisent des mixtes. Enfin, les plus jeunes collaborateurs sont rivés à leurs écrans du matin au soir, s’essayant au journalisme d’investigation sans bouger leur cul. Tous ces problèmes agitant le NYT sont également ceux des quotidiens français. On comprend vite que laisser l’info inonder les lecteurs supprime l’analyse et la compréhension du monde qui sont celles d’un David Carr. Néanmoins, on sent poindre dans les échanges du média desk que le journal évolue vers une position mixte. D’ailleurs, leur site, bien fait, est devenu payant. C’est aussi une vérité incontournable : informer coûte de l’argent, papier ou écran, peu importe. Le jour où les sites d’infos ne seront plus soutenus par des investisseurs qui ne veulent pas prendre le train en marche, la prétendue gratuité disparaîtra très vite. David Carr contemple à la fin du film une tablette numérique avec les infos distillées par un site numérique et fait cette réflexion : "C’est amusant, ça rappelle un journal".