20 morceaux préférés (pour la revue 813).

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Célestin par Eddy Louiss.

Eddy a regroupé 70 exécutants dans sa fanfare. Jazz multicolore, feeling d’acier et transe antillaise. Ferveur d’amateurs et arrangements à la schlague. Tout ce qu’on aime et, surtout, les nappes tordues de l’orgue Hammond.

Train kept A-rollin’ par Johnny Burnette trio.

La famille Burnette sur les boogies des tacots hurleurs US. Elvis des tenders et machinistes du rock pionnier. Trois garçons ordinaires en route pour l’espace américain. Paul Burlison magique à la six-cordes.

Talk to me par Southside Johnny and the Asbury Jukes.

John Lyon, à l’époque des blousons d’organdi bleu pailleté, Asbury Park en toile de fond et ce mix Rock-Soul créé avec le voisin Springsteen et développé par les Jukes avec, au premier rang, La Bamba Rosenberg et un certain Little Steven, bandeau sur l’oeil et médiator en roue libre.

War par Bob Marley.

Il est mort le soleil mais le tempo inversé de Kingston reste dans les têtes malgré la révolution numérique, les années froides. Ode à l’Afrique, célébration de la ganja, voix flûtées des taudis jamaïcains, Marley a tout serré dans sa musique et, surtout, sa haine des guerres fomentées par le pouvoir blanc.

II B.S. Par Charles Mingus.

On est chez James Bond, dans les joutes musicales de Kansas City. Mingus évolue dans l’inconscient musical des US et livre une intro qui soulève, relayé à la trompette par Richard Williams et Charles Mariano au saxo alto. Musique d’espace et de Soap Opera sur la lune.

I can change par John Legend et Snoop Dog.

John Legend 2005, balançant son croisement entre hip hop, soul et rap. Piano obsédant à la Dr Dre, choeurs énamourés et la scansion du ghetto avec le copain Snoop Dog en guest plutôt décontracte. La musique qui enflamme, comme le fit plus tôt Al Green.

Lady par Fela Ransome Kuti.

Le père de Kalakuta, tendance Black President, sax toujours en avant, la voix découpe les mesures dans la transe de Lagos et l’afro beat soutenu par un Tony Allen en mutation. La plus belle musique africaine en slip de bain Rasurel et ténor extatique.

Learning to crawl par The Pretenders.

Un album concocté par Chrissie après les overdoses de deux des fondateurs. Robbie McIntosh a repris la guitare et ses riffs lourds soutiennent un rock souvent tranchant. Aérien également, selon l’humeur de la plus belle voix féminine du rock international. On était jeunes, elle était déjà folle.

Stick to me par Graham Parker.

Le freluquet de Camden sort son album majeur, Stick to me, époque Brinsley Schwarz-Martin Belmont et les cuivres de The Rumour. Ca fait très mal côté soul/rock et Stick to me ( le morceau) dévore tout sur son passage. Une mention à Steve Goulding, majestueux derrière ses fûts.

Down by the Jetty par Dr. Feelgood.

Le pub rock au sommet. Lee Brilleaux déglingué, Wilko Johnson, robotique, alignant des riffs aigrelets, les yeux fermés. Roxette au couteau. Tout cela pue la graisse et on pense à You never walk alone dans le kop de Liverpool. C’est anglais, brut de décoffrage et avec ça tu montes au front, les yeux écarquillés.

Brand New Cadillac par Vince Taylor.

Le seule composition de Vince, comme on dit. Epoque scopitone et tendance cuirophile. Cambouis d’époque mais une certaine finesse dans la composition. Guitare vicieuse, hoquets sous amphétamines. Une allure de casseur banlieusard qui la ramène dans les beaux quartiers.

When the music is gone par Terry Callier.

Issu du jazz-folk, Callier se rattache aux Last Poets, à Gil Scott-Heron. Délicatesse de composition, voix de velours, rondeur et détresse. Les textes restent sans concession et l’on perçoit une volonté de crooner revue et corrigée par la soul. Une grande voix Black entre Sunset Boulevard et Paris Blues.

Somethin’ Else par Cannonball Adderley.

Le bop au plus haut. Album de 58, regroupant Julian Adderley, Miles Davis, Hank Jones, Sam Jones, Art Blakey. La trompette sucrée de Miles en réponse au phrasé dur à cuir de Cannonball et, peut-être, la meilleure version jamais gravée d’Autumn Leaves.

Walkin’ the dog par John Cale.

Version démantibulée d’un hymne par un violoniste défroqué. Masque de contention, harmonies en détresse, grelots de saltimbanque, crécelles de bazar, John Cale avance tel un ravagé revenu du néant. Le titre de l’album, Sabotage, est à l’unisson.

Hookers in the street par Otis Taylor.

Otis a délaissé la mandoline pour pousser Futoshi Morioka en avant, guitares en quinconces, blues des marais, hookers in the street et la vision d’un homme qui patiente près du téléphone. Mais les enfants n’appellent jamais à Noël. Bluesman inspiré, voix narrative en direct de Boulder, Colorado, patrie d’un certain Bandini.

Attica Blues par Archie Sheep.

Quand un maître du blues et du sax rauque rencontre des chanteuses de gospel déjantées, ça donne Attica Blues. Plusieurs percussionnistes poussent le groupe dans une fièvre dirigée contre la prison d’Attica (Etat de New York). Enregistré en 72, quand les voix noires rencontraient le jazz au coin de la rue. Sauvage et habité.

Caravan par Van Morrison.

Enregistrement live réalisé pour le film The Last Walz, de Martin Scorsese. L’adieu au Band, certes, mais Van The Man en surmultiplié sur une scène trop petite pour lui et sa combinaison mauve seventies. Le lutin bondit, la voix se casse, s’envole, survoltée.

Bouncing around par Django Reinhardt.

On a tout dit sur Django, la roulotte, l’incendie, le jazz sur la Côte, Le Hot Club de France, New York, Stéphane Grapelli et, enfin, la dernière partie de pêche à Samois. Bouncing around n’est pas un exercice mais un morceau délié, sentimental et magnifiquement interprété par un type qui, avec Charlie Christian, inventa le jazz à la guitare.

Don’t explain par Billie Holiday.

Hé oui, les retours à la maison, au petit matin, avec les traces de rouge à lèvres des salopes de la nuit. Elle connaît ces réveils, Billie et les explications, très peu pour elle. Ici, le drame se développe sans pathos, au plus près de l’os, la voix pleure quand la vie se fait la valise en catimini.

It’s money that I love par Randy Newman.

Randy, narrateur énamouré de l’Amérique, ne connaît pas la complaisance. L’oeuvre est immense, édifiée derrière les musiques de film qui font manger, comme on dit. Piano sec, voix nasale, mélodie de bastringue. L’entomologiste fou de L.A. développe sa fiction en direct du saloon.