00:23 Pont de l’Alma par Eoin Mc Namee / Série Noire

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Tout le monde connaît la version officielle : Henri Paul, responsable de la sécurité au Ritz, avait trop bu et il a planté la Mercedes S-280 dans le treizième pylone du tunnel de l’Alma. La Mercedes d’Etoile Limousine, pas celle de Dodi. Il essayait d’échapper aux paparazzi, Henri. C’est ce que dit l’enquète française.

Mc Namee part du principe que tout ça, c’est du pipeau. En fait, les services de renseignements américains, anglais et sud-africains s’agitent autour de Diana Spencer depuis qu’elle ramène sa science sur les mines antipersonnel. Entre autres. Derrière la nébuleuse de l’Ordre du Temple Solaire, la mort du couple est planifiée. Et Henri n’y est pour rien. Dixit l’auteur.
Andanson, le conducteur de la Fiat Uno, participe aussi au complot mais on ignore vraiment pourquoi. Il en sait trop, de toutes façons, et crèvera dans sa voiture en flammes sur le plateau du Larzac (ce qui, dans la réalité, est exact).

Raconter l’histoire brute de décoffrage n’était pas possible puisque nous la connaissons tous. Mc Namee a donc imaginé un monde de faux-semblants, d’ex-espions, d’officines privées qui bossent pour le public, de magouilleurs prêts à vendre n’importe quoi à n’importe qui. Il se focalise sur trois ringards anglais engagés pour "observer" le couple, Henri Paul et Andanson. L’histoire est bien menée, non résolutive mais on s’en doutait et la police française n’en sort pas grandie.

Le problême, c’est le style. Mc Namee confond écriture et gesticulations langagières. A chaque fois qu’un personnage apparaît ou subit une situation précise, il se croit obligé de faire dans la littérature. Comparaisons, retours en arrière, souvenirs d’enfance, métaphores filées, périphrases, joliesse gratuite, petites roucoulades d’auteur. Page 159, un personnage reçoit un stroboscope et Mc Namee nous fait deux pages entières sur l’objet. Tout est à l’avenant. Du coup, la narration est fortement ralentie pendant que la pagination augmente. C’est dommage. On notera que, sur ce même principe, James Ellroy a décrit magnifiquement la période de la Baie des Cochons à travers le regard des hommes de main entourant les Kennedy. La grande Histoire racontée par les porteurs d’eau. Mais l’écriture était là. C’est bien d’avoir des ambitions, encore faut-il posséder les moyens pour les faire aboutir. Je redis néanmoins que l’intrigue est bien construite.