Rêves de garçons par Laura Kasischke / Bourgois

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Kristy Sweetland a dix sept ans et elle se donne à fond à son activité de pom pom girl. C’est ce genre de fille agréable à l’oeil qui a décidé de sourire au monde entier de façon permanente. Ce qui lui vaut le sobriquet de Soeur Sourire. Sa meilleure amie, une petite garce qui couche, se nomme Desiree et son activité principale consiste à dire du mal des autres filles. Toutes les deux ont pris position à Pine Ridge, le camp d’été des pom pom girls. Kristy est venue avec sa Mustang et le rêve des filles est de se baigner dans le Lac des Amants.

En cours de route, Kristy décoche un sourire à deux jeunes types nantis d’une vieille guimbarde. Dès lors, le séjour à Pine Ridge va tanguer, pour ces filles, entre le fantasme des deux garçons lancés à leurs trousses et le désir de Kristy que les choses ne bougent pas dans son univers cadré, aseptisé.

Il s’agit d’un livre sur la mort de l’adolescence et la fin du rêve pour des jeunes filles que beaucoup de choses séparent. Cette histoire se termine très mal et j’y vois une métaphore de l’Amérique. Kristy, comme son pays, ne supporte pas qu’une vie négligeable sème le désordre dans la sienne. Rien ne l’arrêtera dans son désir de dominer son monde et elle déblaiera sa route comme l’Amérique déblaie son paysage, à la mitrailleuse s’il le faut.

Laura Kasischke écrit bien et transmet la fièvre adolescente à l’aide d’une langue parfois précieuse mais habitée par la peur et le mystère. Elle travaille beaucoup à l’aide de flash backs qui s’inscrivent dans le corps du texte afin d’éclairer le présent et l’action en cours. Ca agace au début mais ces ralentissements sont voulus par l’écrivain qui joue avec nos nerfs et repousse la fin du récit qui se dérobe page après page.
Ce livre, très américain par son sujet, s’adresse au plus grand nombre mais n’a pas valeur d’exemple. Il dit beaucoup sur les US, c’est déjà énorme.