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Frozen River par Courtney Hunt.

Ray, une femme avec deux enfants, vit dans un mobile home déglingué dans une bourgade à deux pas de la frontiète US-Canada. Son mari est parti jouer l’argent destiné à acheter une nouvelle maison mobile et son job de vendeuse ne tient plus qu’à un fil. Sa situation est donc inquiétante. Une indienne, Lila, lui fauche sa voiture et, l’ayant récupérée, Ray s’intéresse à la femme. Celle-ci lui propose d’arrondir ses fins de mois en faisant passer la frontière, dans son coffre, à des clandestins qui croient encore au rêve américain. Ce "passage" qui ne devait être qu’occasionnel devient vite une habitude.

L’argent n’a pas d’odeur, comme on dit. Ray s’interdit de faire passer d’éventuels terroristes (elle possède la télé dans son mobile home) mais ne rechigne pas à charger des asiatiques, traitées comme des chiennes, pour des ordures, exploiteurs de la misère humaine. Il y a donc une ambiguïté mais nous ne sommes pas gênés car la misère dans laquelle vivent Ray et Lila justifie, en partie, cette lutte désespérée pour raffler quelques billets, acheter un jouet au petit et donner le minimum aux enfants pour déjeuner le midi en ville.

Ce film, noir, est dominé par la blancheur de cette région glaciale et par la rivière St Lawrence gelée que les femmes doivent traverser pour livrer leur marchandise humaine. Hunt filme cette histoire sans chipoter ni nous infliger les merveilleux couchers de soleil sur la glace. Nous sommes dans le froid, la souffrance, la survie. Les actrices, sobres, touchantes, expriment le maximum avec leurs yeux et, concernant Ray, ses rides la font belle, envers et contre tout. Il s’agit d’une réussite, évidemment, à mettre au crédit du film noir qui n’a rien à voir avec le film policier, comme chacun sait. Mais c’est bien de le redire au moment où paraît Diamant 13.



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